Ah! si vous saviez le don de Dieu! La grâce de Dieu est donnée à tous,
dès l’origine. Dieu verse son soleil et sa rosée, dit l’Évangile, sur
les méchants comme sur les bons. Otez l’obstacle de l’injustice, et
l’esprit de Dieu remplit l’âme.
Ce que le dogme enseigne de la grâce et de l’esprit de Dieu est vrai de
toutes les sources de la vie.
Le pain du corps nous est donné. La chaleur est donnée à nos membres, la
lumière à nos yeux. Les germes sont donnés à profusion au vaste sein de
la nourrice du genre humain. L’eau, l’électricité, la lumière, la
chaleur, la fécondité lui sont versés à flots.
Le lait maternel est donné aux lèvres de l’enfant, dès qu’il peut
l’attirer et le prendre; et quand il ne pouvait rien prendre, le sang
lui-même était donné, le sang providentiel et maternel coulait en lui
sans lui.
Et, quant à la lumière de la raison, elle illumine tout homme venant en
ce monde. La vérité aussi nous est donnée; la certitude nous est
inoculée; mais l’inquiétude ingrate et sophistique de nos esprits s’en
dégage et s’échappe; et la réflexion maladroits et défiante, par je ne
sais quel aveugle effort, parvient au doute et à l’erreur[53].
[53] Les anges des petits enfants, dit l’Évangile, voient sans cesse
la face du Père qui est au ciel. N’est-ce pas dire qu’un lien de
lumière rattache à Dieu toutes les âmes innocentes? Et quand
Jésus-Christ parle de ces petits qui croient en lui, ne semble-t-il
pas nous apprendre que les âmes innocentes des enfants, comme elles
ont la raison implicite, ont aussi la foi implicite et le germe de
l’éternelle lumière?
Pourquoi Dieu n’aurait-il pas fait pour le cœur et pour l’esprit de
l’homme ce qu’il a fait manifestement pour son corps?
La vraie sagesse est donnée dans ses bases nécessaires; et les sophistes
qui cherchent à créer le commencement de la sagesse sont
d’inintelligents ingrats.
La vraie religion est donnée, et, s’il est évident que l’homme ne vit
pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de
Dieu, j’en conclus que la parole de Dieu est au milieu de nous, aussi
bien que le pain: je dis qu’elle couve le monde, et qu’elle atteint,
explicitement ou implicitement, tous les hommes. La religion est vraie.
Il n’y a qu’une seule religion. C’est celle qui est entière,
universelle, de tous les temps et de tous les lieux. Oui, la vraie
religion est au milieu de nous, richement répandue, comme les bienfaits
de la nature. Oui, Dieu même s’est donné. Oui, le céleste idéal, le bien
suprême qu’appelle tout cœur et que rêve tout esprit, c’est-à-dire Dieu,
Dieu s’offre à nous, s’incarne, s’unit à l’âme et à l’esprit, s’unit à
l’homme entier, se donne à respirer comme l’air[54], se distribue en
nourriture et en breuvage: sang immortel de la vie à venir, qui, dans
cette vie terrestre, pénètre en nous sans nous,--comme dans la vie
préparatoire, antérieure à notre naissance, le sang providentiel et
maternel entrait en nous sans nous.
[54] Spiritus oris nostri Christus.
Et, de nos jours surtout, les biens nous sont donnés jusque dans les
détails du luxe. Sans parler des merveilles et des beautés de l’art, la
vraie science aujourd’hui est à nous. D’immenses régions de vérités
merveilleuses et fécondes sont accessibles à tous. L’immense domaine des
sciences mathématiques offre à l’esprit humain un monde indéfini
d’affirmations, applicables à la domination de la nature. La forme du
ciel visible est connue dans le détail de ses mouvements et dans le
principe de ses lois. On calcule la distance des astres: on sait leur
poids. Puis enfin viennent les merveilles contemporaines des
applications de la science, et, avant tout, l’espace vaincu par l’homme,
et le genre humain ramené à n’avoir plus qu’une seule demeure, où
bientôt tous les hommes pourront s’entendre comme dans une assemblée.