III

Sous ce rapport, les Allemands nous donnent l’exemple. Seulement, le

panthéisme en égare un grand nombre. Le faux principe des hégéliens

opère, dans le domaine des sciences, la parodie de ce que nous annonçons

ici. Ils prétendent qu’il n’y a qu’une science, parce que tout est

absolument un; qu’il ne faut plus morceler la science en logique,

morale, physique, métaphysique, théologie: tout cela, disent-ils, est

précisément un et identique, parce que tous les objets sont identiques,

tout étant Dieu.

Voilà la confusion. Nous parlons, nous, de comparaison. C’est autre

chose. Comparaison suppose, au contraire, distinction.

On sait assez les résultats risibles, et quelquefois odieux, qui sortent

de ce principe de confusion panthéistique, soit en Logique, soit en

Morale, soit en Physique. Mais ce que l’on sait moins, c’est que cette

voie de rapprochement, cette tentative impossible d’identifier toutes

les lignes de l’esprit humain, a cependant poussé à la comparaison, et

produit, en quelques esprits éminents, dont plusieurs, du reste, sont

libres de tout panthéisme, de très grands résultats. Il suffit de citer

Ritter, le grand géographe, Burdach, le grand physiologiste, Gœrres,

Humboldt, le philologue, Schubert surtout.

Nous pouvons d’ailleurs attendre de ce peuple de grandes choses pour la

science comparée. Ces âmes profondes, mystiques, harmonieuses vont

volontiers au centre des idées, en ce point où les racines des vérités

se touchent. La monstrueuse philosophie, absolument absurde, dont ils

sont aujourd’hui victimes, n’est point pour toute l’Allemagne, une

preuve de réprobation intellectuelle. Ils ont poussé à bout, les

premiers, la raison humaine isolée et séparée de Dieu: dès que la raison

de ce peuple reprendra sa racine en Dieu, on verra ce que peut produire

la puissance harmonique de ces âmes.

Mais, même dès maintenant, il est vrai de dire que leurs travaux, malgré

la confusion panthéistique qui s’y rencontre, ont préparé beaucoup de

matériaux à la science comparée. Quand la véritable science comparée

s’élèvera, elle traitera ce monstrueux produit, comme l’Écriture sainte

nous rapporte que Tobie, inspiré par l’ange, traita ce monstrueux

poisson qui l’effrayait d’abord. «Seigneur, il m’envahit,» criait

l’enfant, comme nous disions du panthéisme qui nous envahissait de

toutes parts. «Ne crains rien de ce monstre, lui dit l’ange, prends-le

et amène-le à toi: tu te nourriras de sa chair.» Quand nous aurons conçu

quelque chose de l’idée et du plan de cette science nouvelle, qui sera

celle du prochain grand siècle, nous traiterons ainsi le panthéisme, qui

maintenant s’engraisse pour nous.

Les Sources · 第 27 / 138 题