IV

Ainsi ne craignez ni la masse, ni le nombre, ni la diversité des

sciences. Tout cela sera simplifié, réduit et fécondé par la

comparaison.

Mais il vous faut, en tout cas, de toute nécessité, une connaissance

suffisante de la géométrie et des mathématiques en général; de

l’astronomie, de la physique et de la chimie, de la physiologie

comparée, de la géologie et de l’histoire, sans parler de la théologie,

dont il sera question plus tard.

Et n’oubliez pas d’ailleurs, qu’il ne faut jamais consacrer à ces choses

tout votre temps. Il en faut au contraire, réserver la meilleure partie

pour Dieu seul, et pour écrire.

La tâche, peut-être, vous paraît impossible. Elle ne l’est pas. Mais à

deux conditions: c’est que vous saurez étudier et que vous choisirez vos

maîtres.

Vous ne prendrez pas la science, comme on prenait autrefois le quinquina

avec l’écorce; le malade, alors, mangeait peu de suc et beaucoup de

bois. Vous prendrez la science, le plus possible, comme on prend

aujourd’hui la quinine, sans écorce ni bois. Puis vous aurez des maîtres

qui n’enseigneront pas avec cette excessive lenteur que nécessite la

faiblesse des enfants dans les collèges, et surtout qui s’éloigneront de

la manière de ces trop nombreux professeurs, qui jamais ne présentent un

ensemble à l’auditoire, mais toujours des parcelles indéfiniment

étendues; en sorte que le cours n’est jamais terminé, mais se prolonge

toujours, quel que soit le nombre des années qu’on y mette. Vous

chercherez des maîtres qui sachent vous présenter rapidement les

résultats et les totalités.

Ceci posé, commencez par consacrer, par exemple, deux ans aux

mathématiques, à la physique et la chimie, et à la théologie.

Prenez une heure et demie de leçon par jour, dans l’après-midi. Deux

leçons de mathématiques par semaine; deux leçons de physique et de

chimie, deux leçons de théologie. Travaillez chaque leçon deux heures,

immédiatement après les leçons. Ceci est l’emploi de l’après-midi.

Donnez ensuite deux ans aux trois cours suivants: astronomie et

mécanique; physiologie comparée; théologie.

Puis deux autres années aux cours suivants: géologie, géographie,

histoire, philologie, théologie.

N’oubliez pas que je parle à un homme décidé à travailler toute sa vie;

qui trouve que l’étude même après la prière, est le bonheur; qui veut

creuser et comparer chaque chose pour y trouver la vérité, c’est-à-dire

Dieu. Du reste, tenez pour certain que les grandes difficultés vous

attendent, vous qui entrerez les premiers dans cette voie.

Mais que de peine on pourrait s’épargner si on savait s’unir et

s’entr’aider! si, au nombre de six ou sept, ayant la même pensée, on

procédait par enseignement mutuel, en devenant réciproquement et

alternativement élève et maître; si même, par je ne sais quel concours

de circonstances heureuses, on pouvait vivre ensemble! si, outre les

cours de l’après-midi et les études sur les cours, on conversait le

soir, à table même, sur toutes ces belles choses, de manière à en

apprendre plus, par causerie et par infiltration, que par les cours

eux-mêmes: si, en un mot, on pouvait former quelque part une sorte de

Port-Royal, moins le schisme et l’orgueil!

Quoi qu’il en soit, j’ai supposé que vous pourriez trouver des maîtres

capables de vous présenter rapidement l’ensemble de chaque science et

son résultat utile; et aussi, que vous sauriez prendre, dans chaque

science, le suc en négligeant l’écorce.

Mais là même est la difficulté. Si nos sciences étaient ainsi faites, et

nos professeurs préparés à enseigner ainsi, les admirables résultats de

nos grandes sciences cesseraient bientôt d’être un mystère réservé aux

écoles et aux académies. Mais, puisqu’il n’en est pas ainsi, j’essayerai

de vous donner, sur la manière d’étudier ou d’enseigner ces sciences,

quelques avis très incomplets, auxquels j’espère, vous saurez suppléer.

Les Sources · 第 28 / 138 题