V.

Jamais encore la cour des sultans d’Espagne n’avait été aussi brillante

qu’elle le devint sous le règne d’Abdérame II, fils et successeur de

Hacam. Amoureux de la superbe prodigalité des califes de Bagdad, de leur

vie de pompe et d’apparat, ce monarque s’entoura d’une nombreuse

domesticité, embellit sa capitale, fit construire à grands frais des

ponts, des mosquées, des palais, et créa de vastes et magnifiques

jardins sur lesquels des canaux répartissaient les torrents des

montagnes[123]. Il aimait aussi la poésie, et si les vers qu’il faisait

passer pour les siens n’étaient pas toujours de lui, du moins il

récompensait généreusement les poètes qui lui venaient en aide. Au

reste, il était doux, facile et bon jusqu’à la faiblesse. Même quand il

avait vu de ses propres yeux que ses serviteurs le volaient, il ne les

punissait pas[124]. Sa vie durant, il se laissa dominer par un faqui,

par un musicien, par une femme et par un eunuque.

Le faqui était le Berber Yahyâ, que nous connaissons déjà comme

l’instigateur principal de la révolte du faubourg. Le mauvais succès de

cette tentative l’avait convaincu qu’il avait fait fausse route; il

savait maintenant que, pour devenir puissant, le clergé, au lieu de se

montrer hostile au prince, doit s’insinuer avec adresse dans sa faveur

et s’appuyer sur lui. Quoique sa fière et impétueuse nature se pliât

difficilement au rôle qu’il avait cru devoir prendre, son sans-gêne, sa

franchise acerbe et sa sauvage brusquerie ne lui nuisaient pas trop dans

l’esprit du monarque débonnaire, qui, bien qu’il eût étudié la

philosophie[125], avait de grands sentiments de piété et qui prenait les

colères farouches de l’altier docteur pour les élans d’une vertueuse

indignation. Il tolérait donc ses propos hardis et jusqu’à ses

bourrasques, se soumettait docilement aux rudes pénitences que ce sévère

confesseur lui imposait[126], pliait la tête devant le pouvoir de ce

tribun religieux, et lui abandonnait le gouvernement de l’Eglise et la

direction de la judicature. Révéré par le monarque, soutenu par la

plupart des faquis, par la bourgeoisie qui le craignait[127], par le

bas peuple dont la cause s’était identifiée avec la sienne depuis la

révolte, et même par certains poètes[128], classe d’hommes dont l’appui

n’était nullement à dédaigner, Yahyâ jouissait d’un pouvoir immense. Et

pourtant il n’avait aucun emploi, aucune position officielle; s’il

gouvernait tout dans sa sphère, c’était par le seul éclat de sa

renommée[129]. Despote au fond du cœur, quoique auparavant il eût

bafoué le despotisme, il l’exerçait sans scrupule maintenant que les

circonstances l’y conviaient. Les juges, s’ils voulaient conserver leurs

postes, devaient se faire les instruments aveugles de ses volontés. Le

sultan, qui avait parfois quelque velléité de s’affranchir de l’empire

que Yahyâ s’était arrogé sur lui, promettait plus qu’il ne pouvait en

s’engageant à les soutenir[130]. Tous ceux qui osaient lui résister,

Yahyâ les brisait; mais d’ordinaire, s’il voulait défaire un cadi qui

lui déplaisait, il n’avait qu’à lui dire: «Donne ta démission![131]»

L’influence de Ziryâb le musicien n’était pas moins grande, bien qu’elle

s’exerçât dans une autre sphère. Il était de Bagdad. Persan d’origine,

ce semble, et client des califes abbâsides, il avait appris la musique

sous le célèbre chanteur Ishâc Maucilî, lorsqu’un jour Hâroun ar-rachîd

demanda à ce dernier s’il n’avait pas quelque nouveau chanteur à lui

présenter. «J’ai un disciple qui chante assez bien, grâce aux leçons que

je lui ai données, lui répondit Ishâc, et j’ai quelque raison de croire

qu’un jour il me fera honneur.--Dis-lui alors qu’il vienne me trouver,»

reprit le calife. Introduit auprès du monarque, Ziryâb gagna de prime

abord son estime par ses manières distinguées et par sa conversation

spirituelle; puis, questionné par Hâroun sur ses connaissances

musicales: «Je sais chanter comme d’autres savent le faire, lui

répondit-il; mais en outre, je sais ce que d’autres ne savent pas. Ma

manière, à moi, n’est faite que pour un connaisseur aussi exercé que

l’est votre seigneurie. Si elle le veut bien, je vais lui chanter ce

qu’aucune oreille n’a encore entendu.» Le calife y ayant consenti, on

présenta au chanteur le luth de son maître. Il refusa de s’en servir et

demanda celui qu’il avait fait lui-même. «Pourquoi refuses-tu le luth

d’Ishâc? lui demanda alors le calife.--Si votre seigneurie désire que je

lui chante quelque chose selon la méthode de mon maître, lui répondit

Ziryâb, je m’accompagnerai de son luth; mais si elle veut connaître la

méthode que j’ai inventée, il me faut le mien de toute nécessité.» Sur

ce il lui expliqua de quelle manière il avait fait ce luth, et se mit à

lui chanter une chanson qu’il avait composée. C’était une ode à la

louange de Hâroun, et ce monarque en fut ravi à un tel point qu’il

reprocha durement à Ishâc de ne pas lui avoir présenté plus tôt ce

merveilleux chanteur. Ishâc s’excusa en disant, ce qui était vrai, que

Ziryâb lui avait soigneusement caché qu’il travaillait de génie; mais

aussitôt qu’il se trouva seul avec son disciple, il lui dit: «Tu m’as

indignement trompé en me faisant mystère de la portée de ton talent. Je

serai franc avec toi, et je te dirai que je suis jaloux de toi, comme

les artistes qui cultivent le même art et qui sont égaux en mérite, le

sont toujours les uns des autres. En outre, tu as plu au calife, et je

sais que sous peu tu vas me supplanter dans sa faveur. C’est ce que je

ne pardonnerais à personne, pas même à mon fils; et n’était que je sens

pour toi un reste d’affection parce que tu es mon élève, je ne me ferais

point scrupule de te tuer, et il en adviendrait ce qu’il pourrait.... Tu

as maintenant le choix entre deux partis: va t’établir loin d’ici,

jure-moi que jamais je n’entendrai reparler de toi, et alors je te

donnerai pour subvenir à tes besoins autant d’argent que tu voudras; ou

bien reste ici malgré moi; mais je te préviens que dans ce cas je

risquerai corps et biens pour te perdre. Choisis donc!» Ziryâb n’hésita

pas sur le parti à prendre: il quitta Bagdad après avoir accepté

l’argent qu’Ishâc lui offrait. Quelque temps après, le calife ordonna de

nouveau à Ishâc de lui amener son disciple. «Je regrette de ne pouvoir

satisfaire à votre désir, lui répondit le musicien; ce jeune homme est

possédé; il raconte que les génies lui parlent et lui inspirent les

airs qu’il compose; il est si orgueilleux de son talent qu’il croit

n’avoir point d’égal au monde. N’ayant été ni récompensé ni redemandé

par vous, il a cru que vous n’appréciiez pas ses talents et il est parti

furieux. J’ignore où il est à présent; mais rendez grâces à l’Eternel de

ce que cet homme est parti, seigneur, car il avait des accès de délire

et dans ces moments-là il était horrible à voir.» Le calife, tout en

regrettant le départ du jeune musicien qui lui avait inspiré de si

grandes espérances, se contenta des raisons qu’Ishâc lui donnait. Il y

avait quelque chose de vrai dans les paroles du vieux maëstro: pendant

son sommeil Ziryâb croyait réellement entendre chanter les génies. Alors

il s’éveillait en sursaut, sautait à bas de son lit, appelait Ghazlân et

Honaida, deux jeunes filles de son sérail, leur faisait prendre leurs

luths, leur enseignait l’air qu’il avait entendu pendant son sommeil, et

en écrivait lui-même les paroles. Ce n’était pas de la folie après tout,

Ishâc le savait bien, et quel véritable artiste, croyant aux génies ou

n’y croyant pas, n’a pas connu de ces moments où il était sous l’empire

d’une émotion bien malaisée à définir, mais qui semblait avoir quelque

chose de surhumain?

Ziryâb alla chercher fortune dans l’Ouest. Arrivé en Afrique, il écrivit

à Hacam, le sultan d’Espagne, pour lui dire qu’il désirait s’établir à

sa cour, et ce prince fut si charmé de cette lettre que, dans sa

réponse, il pressa le musicien de venir tout de suite à Cordoue, en lui

promettant un traitement fort considérable. Ziryâb passa donc le détroit

de Gibraltar avec ses femmes et ses enfants; mais à peine fut-il

débarqué à Algéziras qu’il apprit que Hacam venait de mourir. Fort

désappointé par cette nouvelle, il se proposait déjà de retourner en

Afrique, lorsque le musicien juif, Mançour, que Hacam avait envoyé à sa

rencontre, lui fit abandonner ce projet en lui disant qu’Abdérame II

n’aimait pas moins la musique que son père, et que sans doute il

récompenserait les artistes avec non moins de générosité. L’événement

prouva qu’il ne s’était pas trompé. Instruit de l’arrivée de Ziryâb,

Abdérame II lui écrivit pour l’inviter à venir à sa cour, ordonna aux

gouverneurs de le traiter avec les plus grands égards, et lui fit offrir

par un de ses principaux eunuques des mulets et d’autres présents.

Arrivé à Cordoue, Ziryâb fut installé dans une maison superbe. Le sultan

lui donna trois jours pour se remettre des fatigues de son voyage; au

bout de ce temps, il l’invita à se rendre au palais. Il commença

l’entretien en lui faisant connaître les conditions auxquelles il

voulait le retenir à Cordoue. Elles étaient magnifiques: Ziryâb aurait

une pension réglée de deux cents pièces d’or par mois et quatre

gratifications par an, à savoir mille pièces d’or à l’occasion de

chacune des deux grandes fêtes musulmanes, cinq cents à la Saint-Jean,

et cinq cents au jour de l’an; de plus, il recevrait par an deux cents

setiers d’orge et cent setiers de froment; enfin, il aurait l’usufruit

d’un certain nombre de maisons, de champs et de jardins, qui

représentaient ensemble un capital de quarante mille pièces d’or. Ce ne

fut qu’après avoir assuré au musicien une si belle fortune, qu’Abdérame

le pria de chanter, et quand Ziryâb eut satisfait à ce désir, le

monarque fut enchanté de ses talents au point de ne plus vouloir

entendre d’autre chanteur. Il vivait avec lui dans la plus grande

intimité, et aimait à s’entretenir avec lui d’histoire, de poésie, de

toutes les sciences et de tous les arts; car ce musicien extraordinaire

avait des connaissances très-étendues et très-variées. Sans compter

qu’il était excellent poète et qu’il savait par cœur les paroles et

les airs de dix mille chansons, il avait aussi étudié l’astronomie et la

géographie, et rien n’était plus instructif que de l’entendre discourir

sur les différents pays et sur les mœurs de leurs habitants. Mais ce

qui frappait en lui plus encore que son immense savoir, c’était son

esprit, son goût et la suprême distinction de ses manières. Nul n’était

rompu comme lui à la causerie étincelante, nul n’avait à un égal degré

l’instinct du beau et le sentiment de l’art en toutes choses, nul ne

s’habillait avec autant de grâce et d’élégance, nul ne savait aussi bien

ordonner une fête ou un dîner. On le considérait comme un homme

supérieur, comme un modèle, pour tout ce qui concernait le bon ton, et

sous ce rapport il devint le législateur de l’Espagne arabe. Les

innovations qu’il fit furent hardies et innombrables; il accomplit une

révolution radicale dans les coutumes. Auparavant on portait les cheveux

longs et séparés sur le front; on se servait à table de vases d’or ou

d’argent et de nappes de lin. Maintenant on portait les cheveux coupés

en rond; les vases étaient de verre, les nappes, de cuir: Ziryâb le

voulait ainsi. Il prescrivit les différentes espèces de vêtements qu’on

devait porter dans chaque saison; il apprit aux Arabes d’Espagne que les

asperges sont un mets excellent, ce à quoi ils n’avaient pas encore

pensé; plusieurs plats inventés par lui conservèrent son nom; enfin on

se modelait sur lui jusque dans les moindres minuties de la vie

élégante, et par une fortune peut-être unique dans les annales du monde,

le nom de ce charmant épicurien est resté célèbre jusqu’aux derniers

temps de la domination musulmane en Espagne, tout comme ceux des savants

illustres, des grands poètes, des grands généraux, des grands ministres,

des grands princes[132].

Au reste, bien que Ziryâb eût pris un tel ascendant sur l’esprit

d’Abdérame, que le peuple s’adressait de préférence à lui alors qu’il

voulait faire connaître ses vœux au monarque[133], il ne semble pas

s’être mêlé beaucoup de la politique. Il entendait trop bien la vie pour

ne pas trouver que discuter les affaires de l’Etat, tramer des complots,

ou conduire des négociations à travers les plaisirs d’une fête,

c’étaient choses du plus mauvais ton. Il abandonnait donc ces choses-là

à la sultane Taroub et à l’eunuque Naçr[134]. Taroub était une âme

égoïste et aride, faite pour l’intrigue et dévorée par la soif de l’or.

Elle vendait, non pas son amour, ces femmes n’en ont pas, mais sa

possession, tantôt pour un collier d’un prix fabuleux, tantôt pour des

sacs d’argent que son mari faisait placer contre sa porte lorsqu’elle

refusait de l’ouvrir[135]. Dure, avide, politique, elle était intimement

liée avec un homme tout semblable, le perfide et cruel Naçr. Fils d’un

Espagnol qui ne parlait pas même l’arabe[136], cet eunuque haïssait les

chrétiens vraiment pieux avec toute la haine d’un apostat.

Voilà ce qu’était la cour à cette époque. Quant au pays, il était loin

d’être tranquille. Dans la province de Murcie, il y eut une guerre, qui

dura sept ans, entre les Yéménites et les Maäddites. Mérida était

presque toujours en révolte; les chrétiens de cette ville étaient en

correspondance avec Louis-le-Débonnaire et se concertaient avec

lui[137]. Tolède se révolta aussi, et dans le voisinage de cette ville

il y eut une véritable jacquerie.

Peu d’années après la journée de la fosse, les Tolédans avaient recouvré

leur indépendance et détruit le château d’Amrous. Pour ressaisir cette

proie, Hacam avait de nouveau employé la ruse. Etant parti de Cordoue

sous le prétexte de faire une razzia dans la Catalogne, il avait établi

son camp dans le district de Murcie; puis, informé par ses espions que

les Tolédans se croyaient si peu menacés qu’ils négligeaient même de

fermer les portes de leur ville pendant la nuit, il était arrivé tout à

coup devant une porte, et, comme il l’avait trouvée ouverte, il était

devenu maître de la cité sans coup férir. Alors il avait fait brûler

toutes les maisons dans la partie élevée de la ville[138]. Parmi ces

maisons se trouvait celle d’un jeune renégat nommé Hâchim. Cet homme

vint à Cordoue dans un dénûment complet. Pour gagner sa vie, il se fit

forgeron. Puis, brûlant du désir de venger ses propres injures et celles

de ses concitoyens, il forma un complot avec les ouvriers de Tolède, et

quitta Cordoue pour se rendre de nouveau dans sa ville natale, où il se

mit à la tête de la populace, laquelle chassa les soldats et les

partisans d’Abdérame II (829). Ensuite Hâchim se mit à parcourir le pays

avec sa bande, en pillant et en brûlant les villages habités par des

Arabes ou par des Berbers. Chaque jour cette bande devenait plus

formidable; les ouvriers, les paysans, les esclaves, les aventuriers de

toute espèce affluaient de toute part pour se joindre à elle. Sur

l’ordre d’Abdérame, le gouverneur de la frontière, Mohammed ibn-Wasîm,

fit marcher des troupes contre ces brigands; mais elles furent forcées à

la retraite, et pendant une année entière, le Forgeron put continuer

impunément ses dévastations. A la fin le gouverneur, qui avait reçu des

renforts et que le sultan avait fortement réprimandé sur son inaction,

reprit l’offensive, et cette fois avec plus de succès. Après un combat

qui dura plusieurs jours, la bande, qui avait perdu son chef, fut

dispersée[139].

Cependant Tolède était encore libre. Dans l’année 834, le sultan fit

assiéger cette ville par le prince Omaiya; mais les Tolédans

repoussèrent victorieusement les attaques de ce général, de sorte

qu’Omaiya, après avoir ravagé les campagnes environnantes, fut obligé de

lever le siége et de retourner à Cordoue. Les Tolédans, quand ils

virent s’éloigner l’armée ennemie, résolurent de la harceler pendant sa

retraite; mais Omaiya avait laissé à Calatrava un corps de troupes

commandé par le renégat Maisara, et ce capitaine, informé du dessein des

Tolédans, leur dressa une embuscade. Attaqués à l’improviste, les

Tolédans essuyèrent une terrible déroute. Selon la coutume, les soldats

de Maisara présentèrent à leur capitaine les têtes des ennemis tués

pendant la mêlée; mais l’amour de sa nation ne s’était pas éteint dans

le cœur du renégat. A la vue de ces têtes mutilées, ses sentiments

patriotiques se réveillèrent avec force, et, se reprochant amèrement son

dévoûment aux oppresseurs de sa patrie, il expira, peu de jours après,

de honte et de douleur.

Toutefois, quoique le sultan pût causer de temps en temps du dommage à

Tolède, il ne put l’asservir tant que la concorde y régna.

Malheureusement elle disparut. Nous ignorons ce qui se passa dans la

ville; mais ce qui y arriva plus tard, dans l’année 873, nous fait

soupçonner que la discorde y éclata entre les renégats et les chrétiens.

Un chef tolédan, qui portait le nom d’Ibn-Mohâdjir et qui semble avoir

été un renégat, quitta Tolède avec ses partisans et vint offrir ses

services au commandant de Calatrava (836), qui accepta sa proposition

avec empressement. D’après les conseils des émigrés, on résolut

d’investir et d’affamer la ville, et le prince Walîd, frère du sultan,

fut chargé de la direction du siége. Ce siége avait déjà duré une année,

pendant laquelle la famine avait fait de grands ravages dans la ville,

lorsqu’un parlementaire, envoyé par le général arabe, vint conseiller

aux Tolédans de se rendre, attendu qu’ils seraient forcés de le faire

bientôt et qu’il valait mieux profiter du moment où ils pouvaient encore

prétendre à obtenir des conditions. Les Tolédans s’y refusèrent.

Malheureusement pour eux, le parlementaire, qui avait été témoin de leur

courage, l’avait été aussi de leur état malheureux et de leur faiblesse.

De retour auprès de son général, il le pressa de donner un assaut

vigoureux. Walîd le fit, et Tolède fut prise d’assaut, après avoir joui,

pendant environ huit années, d’une complète indépendance (16 juin 857).

Les annalistes ne nous apprennent pas de quelle manière le sultan traita

les habitants de la ville; ils disent seulement qu’Abdérame se fit

donner des otages et qu’il fit rebâtir le château d’Amrous[140].

Dans les dernières années du règne d’Abdérame, les chrétiens de Cordoue

tentèrent une révolte d’une nature tout à fait exceptionnelle. C’est sur

elle que nous allons appeler l’attention de nos lecteurs. Les auteurs

latins du milieu du IXe siècle nous fournissent beaucoup

d’indications, non-seulement sur cette révolte, mais encore sur le mode

d’existence, les sentiments et les idées des chrétiens de Cordoue, et

nous nous attacherons à reproduire fidèlement les détails pleins

d’intérêt qu’ils nous donnent.

Histoire des Musulmans d'Espagne, t. 2/4 jusqu'a la conquête de l'Andalouisie par les Almoravides (711-110) · 第 11 / 27 题