«Vérone, ce 20 novembre 1822.
«Quoique je vous aie écrit hier par un courrier anglais, je ne puis
me résoudre à laisser partir un de mes attachés, sans vous dire que
j'attends un mot de vous avec la plus vive impatience pour régler
ma marche et ma destinée. Mathieu part demain. Le congrès finira du
5 au 10 du mois prochain. Cinq jours après sa clôture, je serai à
vos pieds dans la petite cellule, ou sur le chemin de Milan à vous
attendre. Je vous le répète, prononcez. Je suis à vous pour la vie.
J'ai été charmé de voir M. de Bourgoing à cause de vous. Il a
prononcé votre nom et m'a fait battre le coeur.
«Je ne donnerai point de lettre pour vous à Mathieu.»
LE VICOMTE MATHIEU DE MONTMORENCY À Mme RÉCAMIER.
«Vérone, ce 21 novembre 1822.
«Je n'ai jamais eu plus de plaisir, aimable amie, que de vous dire
que, d'ici à dix jours, j'espère être à l'Abbaye-au-Bois. Ce sera
un vrai bonheur pour l'amitié! Je laisse ici un autre de vos amis
qui continuera les grandes aventures, que je crois avoir pour ma
part conduites aussi bien que possible dans la circonstance, mais
de manière cependant à demander un peu de confiance aux bien
intentionnés. Je crois que vous êtes du nombre, au moins pour moi.
Adieu, adieu, aimable amie. J'ai de bonnes nouvelles d'Adrien, et
je me sépare des restants dans de fort bons rapports.»