LE MÊME.

«23 juin 1822.

«J'avais appris la démission de M. de Blacas[55] par la voie la

plus prompte, avant tout le monde, et il m'avait été aisé de

deviner que le duc de Laval le remplacerait. Ainsi, vous voyez que

je sais la destination de ce dernier. Mathieu même me l'a écrit; et

dans sa lettre, qui est fort amicale, il me dit gracieusement en

parlant de Blacas: _Vous voilà délivré d'un puissant concurrent

pour le congrès_. D'après ces mots, ma nomination serait certaine,

si Mathieu lui-même ne voulait pas aller au congrès: il le voudra

peut-être, si lord Londonderry y va. Il aurait grand tort et se

compromettrait beaucoup, mais je ne puis pas lui dire cela, et s'il

y veut aller, il n'y a plus qu'une ressource, c'est qu'il m'emmène

avec lui. Ou bien voici une contre-idée que je vous confie dans le

plus grand secret, pour en faire ce que vous voudrez. Si Mathieu va

à Vienne ou à Florence, pourquoi dans son absence ne me

confierait-on pas le portefeuille des affaires étrangères par

_interim_? Mathieu doit connaître ma loyauté, et il sait que rien

au monde ne m'empêcherait de lui remettre le portefeuille à son

retour. Peut-il en dire et en penser autant d'un des ministres ses

collègues à qui ce portefeuille serait confié? Cette preuve

d'amitié et de confiance de la part de Mathieu me toucherait

sensiblement, et il doit savoir quel ami politique je suis.

«Voilà mon idée. Pensez bien à cela; mais j'aimerais mieux le

congrès.»

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier (1/2) · 第 116 / 142 题