«Londres, ce 21 juin 1822.
«Il me serait impossible, sans la plus inexcusable inconvenance, de
demander un congé dans ce moment; les affaires sont trop graves
pour que je puisse les quitter. La longue lettre que m'a écrite
Mathieu est bien peu raisonnable, et il me dit des choses bien
faciles à réfuter. Mais il y avait un mouvement d'humeur dans son
fait, et quoiqu'il ne dise pas _oui_, il ne dit pourtant pas _non_.
Ainsi, avec de l'adresse et de la prudence, nous pouvons venir à
bout de notre affaire. Dans tous les cas, je serai en mesure de
demander un congé dans six semaines, après le renvoi du parlement
et le départ du roi. Je vois que Mathieu a envie lui-même d'aller
au congrès. Il aurait grand tort. Un ministre, dans un gouvernement
représentatif, ne peut assister à un congrès où il s'agirait de
laisser l'Italie au pouvoir des Autrichiens. Mathieu se perdrait et
deviendrait impopulaire dans les chambres et en France. Je suis
très-mécontent d'Adrien, sa vanité blessée l'a rendu méchant; je me
repens d'avoir été si bien pour lui; je sais qu'il fait cent
paquets et cent tripotages.
«N'allez pas vous mettre en tête que vous pouvez me fuir. J'irai
vous chercher partout. Mais si je vais au congrès, ce sera
l'occasion de vous mettre à l'épreuve, et de voir enfin si vous
voulez tenir vos promesses.»