«Berlin, 7 avril 1821.
«Je serais un peu inquiet, si je ne connaissais votre défaut de
mémoire. La lettre que j'ai reçue hier de vous porte le n° 15; or
je n'avais précédemment que le n° 12, ce qui supposerait qu'il me
manque deux numéros, 13 et 14; mais, comme dans le n° 15, vous
avouez que vous avez reçu cinq lettres de moi sans me répondre que
_quelques lignes_, il faut que cela soit inexact, et que vous vous
soyez trompée sur les numéros.
«Comment vos libéraux vous disaient-ils qu'il était impossible
d'aller à Naples? Les insensés! Ils voulaient faire des lazzaroni
des Spartiates. Vos amis ont perdu la cause de la liberté par leurs
folies et par les crimes des révolutionnaires. La partie est perdue
pour eux en Europe. En voilà pour 50 ans; nous n'y serons plus. Mes
_pauvres_ amis sont bien _pauvres_, le danger les abat, mais au
moindre succès, ils ne doutent plus de rien. C'est la légèreté et
la mobilité la plus complète.
«J'attends le congé presque sans y croire. Mais qu'importe puisque
mon parti est pris? Je suis d'un calme parfait. Voilà le baptême de
M. le duc de Bordeaux: l'occasion est belle pour le ministère
d'État; on n'y pensera seulement pas. Tout cela m'est égal. J'ai
reçu une lettre très-amicale de Villèle. Toutes les lettres me
redemandent à genoux et me disent de tout quitter.
«Cette lettre vous arrivera le 16 ou le 17. Ne m'écrivez plus après
avoir reçu cette lettre; c'est moi qui irai chercher la réponse.
«Qui vous a donc rendue si malheureuse? Vous ne voulez pas me le
dire; serait-ce quelque propos, quelque histoire[49]?
Moquez-vous-en.»