LE MÊME.

«Berlin, 3 avril 1821.

«Point de lettres de vous par le courrier d'hier. Je ne ferai pas

comme vous; je ne vous accuserai pas, mais je souffre.

«Je vous ai mandé par mes dernières lettres que j'espérais un congé

pour le 20 d'avril; je l'attends; s'il arrive, je vous verrai à la

fin du mois. Cela me semble une espèce de rêve.

«Je n'entends plus parler de Mathieu ni de Jules[48], mais je vais

bientôt me retrouver avec eux, et tout s'éclaircira.

«Vos libéraux ont-ils été bien odieusement triomphants? ils se sont

bien grossièrement trahis. Il est fâcheux après cela, pour eux, de

voir ce qui se passe en Italie. Comment avaient-ils jamais compté

sur l'héroïque Naples? Pauvres gens! Quelle misère aussi de notre

côté! Quelle faiblesse! quelle pusillanimité à l'apparence du

péril! Il faut sortir de tout cela.

«Je pleure encore tous les jours la mort de mon pauvre ami. C'est

le dernier talent littéraire que la France possédât. À présent il

n'y a plus personne; mais je suis sûr que l'on ne pense plus à

Fontanes, et que j'ai l'air de radoter en vous en parlant. Quelle

folie de ne pas vivre pour soi dans une vie si courte!»

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier (1/2) · 第 85 / 142 题