«Berlin, 27 février 1821.
«Voilà enfin une bonne lettre écrite sur les quatre pages et
jusqu'au bas! Vous ne voulez rien devoir à mes vertus; mais je
croyais qu'un attachement profond, sincère, durable, était une
vertu. Je suis en grande querelle. Vous savez tout. J'ai reçu une
réponse vive à un _post-scriptum_ très-franc dont j'avais envoyé
copie à Mathieu dans une lettre mise sous votre adresse. Cette
lettre sera arrivée lorsque vous étiez encore à la campagne, et
cela aura occasionné quelque retard. Il est assez clair que nous
nous brouillerons. Nous ne nous entendons sur rien. J'ai aussi des
vertus en politique: je veux les libertés publiques, un système
noble et généreux, l'accord de tous les sentiments indépendants
avec la fidélité au trône légitime, toutes choses qui déplaisent
aux uns et ne sont pas du goût des autres. Joignez à cela toutes
les paroles que l'on a violées, tout ce qu'on m'avait promis et
tout ce qu'on n'a pas tenu.
«Le congé, je l'aurai, car je suis mon maître, et Mme de
Chateaubriand m'a écrit hier qu'elle me laissait maître de
reprendre, si je le jugeais à propos, mon indépendance. J'agirai
avec modération et jugement. Je ne briserai rien que dans le cas où
on me refuserait tout. Mathieu est d'avis qu'on ne demande le congé
qu'au moment. Il a raison; mais il faut calculer les distances et
le temps que les courriers mettent à porter les lettres et à
rapporter les réponses. Pour avoir un congé le 15 avril ou le 1er
mai, il faut le demander au plus tard le 20 mars. Faites connaître
cela à Mathieu. Il doit être bien effarouché de ma querelle.
«Dans votre n° 8 daté d'Angervilliers, 14 février, vous me dites
que vous passerez encore huit jours à la campagne; ainsi vous devez
être à Paris depuis huit jours quand vous recevrez cette lettre.
Dites-moi donc encore une fois si vous m'avez écrit à Francfort.
Nous sommes ici dans les dernières fêtes du carnaval, après quoi
silence et solitude; c'est ce qui me convient.»