M. MATHIEU DE MONTMORENCY À Mme RÉCAMIER.

«Paris, ce 12 février 1821.

«Vous avez été bien aimable de m'écrire, vous qui n'aimez pas

beaucoup l'écriture: je suis aussi bien touché de votre occupation

relative à moi dans cette triste affaire. Elle nous a occupés

samedi d'une manière bien grave et affligeante sous quelques

rapports. Je ne sais si je dois vous dire que j'ai voté dans le

sens que vous pouviez désirer, après un discours très-remarquable

d'un jeune duc de vos amis. Ma conscience l'a permis, ou plutôt

ordonné[43]. Car positivement je ne veux rien accorder à la

condescendance, ni même à un motif, le plus propre à influer sur

moi, le désir de vous plaire. Adieu, on a de bonnes nouvelles de

Berlin; le roi n'était pas parti, mais on en parlait encore.

«Adieu, voilà l'heure qui me presse. Je vous regrette chaque jour,

à chaque moment. La meilleure nouvelle à me donner, c'est le jour

de votre retour. Ne vous laissez pas engager par vos perfections de

générosité ou d'amitié.»

LE VICOMTE DE CHATEAUBRIAND À Mme RÉCAMIER.

«Berlin, 20 février 1821.

«Vous allez à Angervilliers: et mes pauvres lettres! je vous y ai

trop accoutumée, et vous n'en faites plus de cas; j'ai envie de les

supprimer, puisque vous les traitez si légèrement; qu'en

pensez-vous? L'hymne de M. d'Alopéus est un compliment pour vous et

mes amis, pas autre chose: on a ici beaucoup de bontés pour moi,

mais l'_admiration_ ne met personne _à mes pieds_. Je ne la demande

pas; je ne la mérite point, et l'on me traite comme je le désire,

car je suis un bon garçon. Je suis parfaitement tranquille, parce

que j'ai pris mon parti. Que j'aie le congé ou non, je vous verrai

au printemps; peu m'importe le reste. Je vous ai envoyé une

nouvelle lettre pour Mathieu; j'ai peur qu'elle n'arrive pendant

votre séjour à Angervilliers; elle est assez pressée. Je suis en

querelle[44].

«Je ne sais si on est content de mes dépêches, mais moi j'en suis

très-content. Ce n'est pas là de l'amour-propre, mais un juste

orgueil: car, dans ces dépêches, je n'ai cessé de défendre les

libertés des peuples européens et celles de la France, et de

professer invariablement les opinions que vous me connaissez; vos

libéraux en feraient-ils autant dans le secret de leur vie? J'en

doute.

«J'ai dû insister pour aller à Laybach, par honneur et parce qu'on

me l'avait promis, mais c'est ma bonne étoile qui m'a empêché de

faire ce voyage. Je vous dirai un succès: j'avais écrit certaines

choses et blâmé certains hommes dans une dépêche à propos de ce

congrès; il s'est trouvé que dans le conseil de nos ministres, on

avait aussi été mécontent. En croira-t-on mieux ma politique? Pas

davantage.

«J'attends bientôt une lettre de vous.»

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier (1/2) · 第 77 / 142 题