De graves événements s'étaient accomplis et avaient modifié la politique
de Louis XVIII. Le 13 février 1820, M. le duc de Berry périssait sous le
couteau d'un assassin; le 29 septembre de la même année, le ciel
accordait à la maison de France plongée dans le deuil la naissance d'un
héritier; M. le duc de Bordeaux venait au monde, et, comme le dit M. de
Chateaubriand: «Le nouveau-né fut nommé l'enfant du miracle en attendant
qu'il devînt l'enfant de l'exil.»
L'assassinat du duc de Berry avait amené la chute de M. Decazes, qui ne
se lit pas sans déchirements. Le duc de Richelieu ne consentit à
affliger son vieux maître que sur une promesse de M. Molé de donner à M.
Decazes une mission importante: il partit pour l'ambassade de Londres.
Une combinaison ministérielle fit entrer dans le conseil les deux hommes
placés à la tête du parti royaliste dans la chambre des députés, MM. de
Villèle et Corbière; le premier sans portefeuille, le second comme
président de l'instruction publique. M. de Chateaubriand avait trop
contribué à ce triomphe de ses amis pour être laissé par eux en dehors;
et cependant la répulsion que le roi éprouvait pour lui était si forte,
qu'il n'était pas encore possible de lui donner l'entrée au conseil. On
négocia pour lui obtenir une ambassade; M. de Montmorency se mêla avec
un grand zèle aux démarches qui devaient assurer ce résultat. Il
écrivait à Mme Récamier, le 20 novembre 1820: