M. BALLANCHE À Mme RÉCAMIER.

«1818. Jeudi.

«Oui, j'espère encore pour vous de beaux jours, mais point de ceux

que vous sembliez regretter, des jours de calme, de repos, de

douces occupations. La poésie et la musique charmeront les loisirs

que vous vous serez faits. La renommée apprendra à raconter de vous

des choses nouvelles. Vous révélerez cette partie de vous-même qui

jusqu'à présent est restée inconnue au monde. Peut-être aussi

parviendrez-vous à faire trouver en moi des choses qui y sont

enfouies. Avec quel bonheur j'accueillerais la pensée de léguer un

nom à l'avenir, si c'était à vous que je le devrais! J'en suis

certain, s'il y a quelque chef-d'oeuvre de caché dans le secret de

mon âme, c'est vous seule qui pouvez faire qu'il se réalise. J'ai,

comme vous, besoin de calme et de repos: j'ai besoin d'études

tranquilles, de paisibles loisirs. C'est vous qui me procurerez

tout cela. Votre présence si pleine de charme, les doux reflets de

votre âme seront pour moi une inspiration puissante; vous êtes une

poésie tout entière, vous êtes la poésie même. Votre destinée à

vous est d'inspirer, la mienne est d'être inspiré. Une occupation

vous fera du bien; votre imagination souffrante et rêveuse a besoin

d'un aliment. Soignez votre santé, méfiez-vous de vos nerfs: vous

êtes un ange qui s'est un peu fourvoyé en venant sur une terre

d'agitation et de mensonge.

«Je vous écrirai tous les jours, vous me ferez un plaisir infini

toutes les fois que vous pourrez me répondre. Je ne vous parlerai

pas de moi, parce que vous connaissez tous mes sentiments, mais je

vous parlerai beaucoup de vous, parce que je veux enfin vous faire

connaître à vous-même, vous révéler les trésors que vous avez et

que vous ignorez.»

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier (1/2) · 第 54 / 142 题