LE MÊME

«Mercredi.

«Je ne puis assez vous engager à persister dans les bonnes

dispositions où vous êtes relativement à un travail littéraire:

seulement je voudrais que vous prissiez sur vous de lutter un peu

plus contre les difficultés de Pétrarque. Les deux véritables

monuments poétiques de l'Italie sont le Dante et Pétrarque. Je dis

les deux véritables monuments, dans ce sens, qu'il y a à déchiffrer

et à expliquer. Il y a là des choses à révéler et qui ne sont pas

vues par tous. Avec la connaissance de la langue, on parvient à

connaître l'Arioste, le Tasse, Métastase; cela ne suffit pas pour

Pétrarque ni pour le Dante. On trouve dans ces deux poëtes, outre

la langue italienne, une autre langue poétique dont l'intelligence

est quelquefois refusée aux Italiens eux-mêmes. Le travail que je

voudrais que vous fissiez pour Pétrarque a été fait pour le Dante,

mais nul n'a osé encore lutter contre les difficultés du premier.

Ce travail vous ferait un honneur infini. Je voudrais plus, je

voudrais que vous-même vous fissiez le discours préliminaire. Je ne

me réserverais qu'un travail d'éditeur, qui, tout modeste qu'il

serait, ne laisserait pas de me faire un grand honneur, sans parler

même de la portion de gloire qui résulterait pour moi d'une telle

association avec vous. Non, vous ne vous connaissez pas; nul ne

sait l'étendue de ses facultés avant d'en avoir usé.»

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier (1/2) · 第 55 / 142 题