«Lyon, ce 3 juillet 1813.
«S'il était possible que l'intérêt et l'amitié d'une personne aussi
aimable que vous pussent consoler, ma belle, d'un malheur dont je
suis menacée tous les jours, j'éprouverais cette consolation. Votre
lettre du 25, qui m'est arrivée hier, m'a fait un vrai plaisir.
Venons aux tristes détails de l'état de mon intéressante malade.
Figurez-vous que cette figure, cet éclat, cette beauté est
enveloppée du voile de la... je ne puis écrire ce mot. Elle est
enflée depuis les pieds jusqu'à la ceinture; les mains jusqu'en
haut du bras le sont de même; elle avale encore, mais parfois avec
difficulté; elle souffre peu, elle a toute sa tête. Heureusement
pour elle, elle a une insensibilité absolue pour tout ce qui
l'entoure: son frère, qui est ici, est pour elle un objet
d'indifférence; elle me supporte, mais pas plus. C'est une horrible
maladie que celle qui brise des liens qui devraient presque vous
survivre; je suis au désespoir. J'ai toute la journée le spectacle
le plus déchirant, je la vois s'affaiblir tous les jours; Martin
tous les jours prononce l'arrêt le plus funeste. Voilà près d'un
mois que le danger existe; le voyage de Grenoble l'a tuée. Ma fille
m'est d'un grand allégement: je lui parle au moins, cela me
soulage. Je ne sais plus quand je vous verrai, cette idée
m'afflige.
«Adieu, ma belle, plaignez-moi et aimez-moi comme je vous aime. Je
vous embrasse de tout mon coeur.»