«Fossé, près Blois, ce 2 octobre 1810.
«Je ne saurais me refuser, aimable et parfaite amie, à vous écrire
au moins quelques mots. Notre première pensée, qui est bien
naturellement commune entre vos amis d'ici, portait d'abord
uniquement sur votre santé, que vous avez si peu écoutée dans votre
parfait dévouement, sur ces souffrances de votre route
d'Angervilliers à Paris, qui m'ont été vraiment au coeur. J'espère
qu'elles n'auront pas eu de suite et que vous êtes bien remise.
Mais notre amie vient de recevoir à l'instant, par Albert[18],
votre lettre si parfaite, si dévouée, si détaillée. Je n'ai pas
besoin de vous dire tous les sentiments qu'elle nous a fait naître;
un seul domine en ce moment en moi: c'est de sentir combien vous
avez de générosité et de dévouement dans l'âme. _Elle_ en a été
vivement émue et vous l'exprimera sûrement elle-même par le retour
de son fils. Je voulais le remplacer, et vous arriver dans la
journée de demain; il paraît qu'elle veut absolument me garder deux
jours de plus. Ce sera donc samedi soir, au plus tard, que je vous
verrai. Jusque-là mes pensées et mes sentiments s'unissent aux
vôtres. Que de si bons actes de dévouement ne vous empêchent pas de
vous élever, et vous portent au contraire vers la source de tout ce
qu'il y a de bon et d'élevé! Adieu, aimable amie.»