1803.
«Quelles charmantes choses vous savez dire et sentir! quel baume
vous savez mettre sur le mal que vous faites d'un autre côté à un
ami sincère! Ah! Madame, vous me voyez, vous me jugez avec les
préventions du sentiment le plus aimable et le plus indulgent, qui
réellement embellit et ne juge pas. Mais je voudrais vous
apparaître mille fois plus encore ce que je ne suis pas, je
voudrais réunir tous les droits d'un père, d'un frère, d'un ami,
obtenir votre amitié, votre confiance entière pour une seule chose
au monde, pour vous persuader votre propre bonheur et vous voir
entrer dans la seule voie qui peut vous y conduire, la seule digne
de votre coeur, de votre esprit, de la sublime mission à laquelle
vous êtes appelée! en un seul mot, pour vous faire _prendre une
résolution forte_. Car tout est là. Faut-il vous l'avouer? j'en
cherche en vain avec avidité quelques indices dans tout ce que vous
faites, dans tous ces petits détails involontaires dont aucun ne
m'échappe. Rien, rien qui me rassure, rien qui me satisfasse. Ah!
je ne saurais vous le dissimuler: j'emporte un profond sentiment de
tristesse. Je frémis de tout ce que vous êtes menacée de perdre en
vrai bonheur, et moi en amitié. Dieu et vous me défendez de me
décourager tout à fait: j'obéirai. Je le prierai sans cesse; lui
seul peut dessiller vos yeux et vous faire sentir qu'un coeur qui
l'aime véritablement n'est pas si vide que vous semblez le penser.
Lui seul peut aussi vous inspirer un véritable attrait, non de
quelques instants, mais constant et soutenu pour des oeuvres et des
occupations qui seraient en effet bien appropriées à la bonté de
votre coeur, et qui rempliraient d'une manière douce et utile
beaucoup de vos moments. Ce n'est point en plaisantant que je vous
ai parlé de m'aider dans mon travail sur les soeurs de charité. Rien
ne me serait plus agréable et plus précieux. Cela répandrait sur
mon travail un charme particulier qui vaincrait ma paresse, et m'y
donnerait un nouvel intérêt.
«Faites tout ce qu'il y a de bon, d'aimable; ce qui ne brise pas le
coeur, ce qui ne laisse jamais aucun regret. Mais, au nom de Dieu,
au nom de l'amitié, renoncez à ce qui est indigne de vous, à ce
qui, quoi que vous fassiez, ne vous rendrait pas heureuse.»