«Juliette, ce n'est plus Roméo, c'est moi qui vous écris.
«Depuis deux jours retiré à la campagne, votre idée m'y a occupé
sans cesse: ces deux jours ont suffi pour m'éclairer sur ma
position, et je me suis jugé.
«Je vous envoie le résultat de mes tristes réflexions, et je vous
prie de les lire... c'est la dernière lettre que vous recevrez de
moi.
«L. B.
«Un ridicule est plus dangereux qu'un crime, lorsque surtout il se
rapporte à un homme public sur qui la critique exerce avec tant de
plaisir sa maligne influence.
«Fuis Juliette,--évite le ridicule,--adoucis ton malheur par la
philosophie.»
«Amour-propre, raison protectrice, j'entends votre oracle: je m'y
soumets avec douleur, mais celui qui ne sait passe vaincre soi-même
ne mérite point l'estime de ses concitoyens... oui, je vous
entends.--Je fuirai Juliette, mais je l'aimerai toujours.--Je lui
écrirai tout ce que je sens pour elle... Si elle est inébranlable,
elle oubliera ma lettre et mon image, et j'éviterai sa
présence--Mais si elle répondait à mes plaintes par un sourire
enchanteur, oh! je ne puis plus répondre de moi-même. Je
préférerais mes fers à la liberté que vous m'offrez aujourd'hui.
«Juliette! oubliez mes voeux s'ils vous offensent... rappelez-moi si
vous me plaignez,--mais voyez toujours dans celui qui vous écrit un
homme qui mettra dans toutes les occasions sa félicité à contribuer
à la vôtre.
«L. B.»
Quelques mois après qu'il eut cessé de venir chez Mme Récamier, Lucien
lui fit redemander ses lettres. M. Sapey se chargea de cette mission
dont le but était de faire disparaître les témoignages d'un amour
toujours rebuté et d'une rigueur humiliante pour l'amour-propre.
N'ayant pu les obtenir une première fois, M. Sapey revint à la charge et
n'épargna pas même les menaces. Mme Récamier persista à ne pas se
dessaisir de ces lettres, et à mon tour je les garde comme l'irrécusable
témoignage de sa vertu.
L'hiver qui suivit le 18 brumaire, de 1799 à 1800, fut très-brillant à
Paris. Lucien occupait le poste de ministre de l'intérieur, et son amour
pour Mme Récamier était dans toute sa ferveur. J'ai dit les raisons pour
lesquelles M. Récamier exigeait qu'elle ne le rebutât pas absolument;
elle dut par les mêmes motifs accompagner son mari à l'une des fêtes
données par Lucien: il s'agissait d'un dîner et d'un concert offerts au
premier consul. Cette soirée fut pour Mme Récamier la seconde occasion
de voir Napoléon, et la première et seule fois où elle échangea quelques
paroles avec lui.
Mme Récamier avait une prédilection marquée pour le blanc: tous les gens
qui l'ont connue savent qu'elle portait habituellement et en toute
saison des robes blanches; elle en variait l'étoffe, la forme, les
ornements, mais prenait bien rarement d'autres couleurs. Jamais, dans le
temps de sa grande fortune, elle ne porta de diamants; elle possédait de
très-belles perles fines et s'en parait de préférence à tout autre
bijou. On eût pu croire qu'elle trouvait une certaine satisfaction
féminine à s'entourer de toutes les choses dont on vante l'éblouissante
blancheur, afin de les effacer par l'éclat de son teint.
À la fête donnée par Lucien, elle était donc vêtue d'une robe de satin
blanc, et portait un collier et des bracelets de perles.
Mme Lucien Bonaparte, souffrante ce jour-là, ne faisait point les
honneurs du salon; Mme Bacciocchi la remplaçait: c'était avec Caroline,
depuis Mme Murat, la femme de la famille Bonaparte avec laquelle Mme
Récamier avait les rapports les plus fréquents.
Arrivée depuis quelques moments et assise à l'angle de la cheminée du
salon. Mme Récamier aperçut debout devant cette même cheminée un homme
dont les traits se trouvaient un peu dans la demi-teinte, et qu'elle
prit pour Joseph Bonaparte qu'elle rencontrait assez fréquemment chez
Mme de Staël; elle lui fit un signe de tête amical. Le salut fut rendu
avec un extrême empressement, mais avec une nuance de surprise: à
l'instant même Juliette eut conscience de sa méprise et reconnut le
premier consul. L'impression qu'elle éprouva en le revoyant ce jour-là
fut tout autre que celle quelle avait ressentie à la séance du
Luxembourg, et elle s'étonnait de lui trouver un air de douceur fort
différent de l'expression qu'elle lui avait vue alors. Dans le même
moment, Napoléon adressait quelques mots à Fouché qui était auprès de
lui, et comme son regard restait attaché sur Mme Récamier, il était
clair qu'il parlait d'elle. Un peu après Fouché vint se placer derrière
le fauteuil qu'elle occupait, et lui dit à demi-voix: «Le premier consul
vous trouve charmante.»
L'attention à la fois respectueuse et toute pleine d'admiration que lui
témoigna dans cette soirée l'homme dont la gloire commençait à remplir
le monde la disposait elle-même à le juger favorablement; la simplicité
de ses manières en contraste avec les façons toujours théâtrales de
Lucien la frappa. Il tenait par la main une fille de Lucien, de quatre
ans au plus et tout en causant avec les personnes qui l'entouraient, il
avait fini par ne plus penser à l'enfant, dont il ne lâchait point la
main; l'enfant, ennuyé de sa captivité, se mit à pleurer: «Ah! pauvre
petite, dit le premier consul avec un vif accent de regret, je t'avais
oubliée.» Plus d'une fois dans les années qui suivirent, Mme Récamier se
rappela cet accès d'apparente bonhomie, et le contraste qu'il offrait
avec la dureté des procédés dont elle fut témoin ou victime.
Lucien s'étant approché de Mme Récamier. Napoléon, qui était au courant
des assiduités de son frère, dit assez haut et avec bonne grâce: «Et moi
aussi, j'aimerais bien aller à Clichy.»
On annonça que le dîner était servi. Napoléon se leva et passa _seul_ et
le _premier_, sans offrir son bras à aucune femme; on se plaça à table à
peu près au hasard; Bonaparte était au milieu de la table, sa mère Mme
Lætitia se mit à sa droite: de l'autre côté, à sa gauche, une place
restait vide que personne n'osait prendre. Mme Récamier, à laquelle Mme
Bacciocchi avait adressé en passant dans la salle à manger quelques mots
qu'elle n'avait point entendus, s'était placée du même côté de la table
que le premier consul, mais à plusieurs places de distance. Alors
Napoléon se tourna avec humeur vers les personnes encore debout, et dit
brusquement à Garat en lui montrant la place vide auprès de lui: «Eh
bien, Garat, mettez-vous là.»
Dans le même instant, Cambacérès, le second consul, s'asseyait auprès de
Mme Récamier; Napoléon dit alors assez haut pour être entendu de tous:
«Ah! ah! citoyen consul, auprès de la plus belle!»
Le dîner fut très-court: Bonaparte mangeait peu et très-vite; au bout
d'une demi-heure. Napoléon se leva de table et quitta la salle; la
plupart des convives le suivirent. Dans ce mouvement, il s'approcha de
Mme Récamier, et lui demanda si elle n'avait point eu froid pendant le
dîner; puis il ajouta: «Pourquoi ne vous êtes-vous pas placée auprès de
moi?--Je n'aurais pas osé, répondit-elle.--C'était votre place.--Mais
c'était ce que je vous disais avant le dîner,» ajouta Mme Bacciocchi. On
passa dans le salon de musique. Les femmes y formèrent un cercle en face
des artistes, les hommes se groupèrent derrière elles: Bonaparte s'assit
_seul_ à côté du piano. Garat chanta avec un admirable talent un morceau
de Gluck. Après lui d'autres artistes se firent entendre. Le premier
consul ennuyé de la musique instrumentale, à la fin d'un morceau joué
par Jadin, se mit à frapper le piano en criant: «Garat! Garat.»
Cet appel ne pouvait qu'être obéi. Garat chanta la scène d'_Orphée_, et
il se surpassa.
Mme Récamier, dont les impressions musicales étaient très-vives,
captivée tout entière par ces merveilleux accents, ne pensait guère au
public qui remplissait les salons. Cependant de temps à autre en levant
les yeux, elle retrouvait le regard de Bonaparte attaché sur elle avec
une persistance et une fixité qui finirent par lui faire éprouver un
certain malaise. Le concert achevé, il vint à elle et lui dit: «Vous
aimez bien la musique, Madame?» Il se disposait à continuer la
conversation ainsi entamée, mais Lucien survint, Napoléon s'éloigna et
Mme Récamier rentra chez elle. On verra plus tard que ces relations
fugitives avaient pourtant laissé une impression et un souvenir à
Napoléon, et qu'il essaya de fixer à sa cour la beauté qui l'avait ému.
Pour donner une idée vraie de l'existence de Mme Récamier et pour faire
comprendre le rôle qu'elle a occupé dans la société de son temps, il
faudrait peindre cette belle et si jeune personne groupant autour d'elle
par le sentiment de l'admiration qu'elle inspirait les éléments
dispersés de l'ancienne aristocratie et les hommes nouveaux que le
talent, l'énergie du caractère ou la gloire militaire avaient mis au
premier rang dans cette société qui se reconstituait. On voyait en effet
tout à la fois chez elle et les émigrés à mesure que leur radiation des
listes permettait leur rentrée en France: le duc de Guignes, Adrien et
Mathieu de Montmorency, Christian de Lamoignon, M. de Narbonne; Mme de
Staël, Camille Jordan et bien d'autres dont les noms ne me reviennent
pas en ce moment; Barrère, Lucien Bonaparte, Eugène Beauharnais, Fouché,
Bernadotte, Masséna, Morcau, les généraux de la révolution, les membres
des assemblées ou du tribunal; M. de La Harpe. Lemontey, Legouvé,
Emmanuel Dupaty, et en outre tous les étrangers de distinction.
Sans doute la position personnelle de M. Récamier, ses relations
d'affaires étendues dans le monde entier, son caractère inoffensif et
parfaitement indépendant, contribuaient à faire de sa maison une sorte
de terrain neutre, sans couleur de parti, sans souvenir d'ancien régime
(quoique les opinions de la famille fussent royalistes), sans hostilité
ni rancune contre la révolution. À une époque où les centres de réunion
manquaient absolument, on trouvait chez M. Récamier un accueil cordial
et bienveillant, une politesse exacte et égale. Sa brillante et jeune
compagne ajoutait au luxe d'une grande fortune une élégance de moeurs, de
langage, un parfum de vertu, de modestie et de bonne compagnie dont la
tradition s'était interrompue et qu'on ressaisissait avec empressement.
Ce fut pendant cette même année de 1799 à 1800 que Mme Récamier connut
Adrien et Mathieu de Montmorency. Les liens de goût et de profonde
estime qui se formèrent entre ces trois personnes tinrent dans la vie de
chacune d'elles une trop grande place pour que je ne croie pas devoir
entrer dans quelques détails à leur sujet.
Messieurs de Montmorency rentraient l'un et l'autre de l'émigration; ils
étaient cousins germains, peu différents d'âge, et eurent, dès
l'enfance, l'un pour l'autre la plus intime et la plus inaltérable
amitié; rien n'était pourtant moins semblable que leurs caractères.
Adrien de Montmorency[2], prince, puis duc de Laval, fut celui des deux
cousins que Mme Récamier connut le premier. Il avait alors trente ans;
il était grand, blond, svelte, et avait à la fois dans la tournure de
l'élégance et de la gaucherie; sa vue était très-basse, et une sorte de
bégaiement ou d'hésitation dans la parole nuisait auprès de bien des
gens à sa réputation d'esprit. Il en avait pourtant; il aimait la
lecture, et jouissait vivement du plaisir d'une conversation animée,
dans laquelle il apportait un contingent plein de finesse et de bonne
grâce. Il y avait chez lui plus d'imagination que de sensibilité.
Généreux et chevaleresque, sincèrement chrétien, mais de nature un peu
mobile, d'une droiture extrême et d'une loyauté parfaite, lorsqu'il eut
à remplir sous la Restauration un rôle public d'ambassadeur et de pair
de France, il porta dans la chambre haute des opinions modérées, et à
l'étranger un sentiment vrai des intérêts et de la dignité de la France.
Il était extrêmement fier de son nom de Montmorency, et lorsque les
arrêts de la Providence lui ravirent le fils héritier de ce grand nom,
il souffrit dans son orgueil de race autant que dans sa tendresse de
père. Adrien de Montmorency n'avait point eu de rôle politique lorsqu'il
émigra; il servit quelque temps dans l'armée de Condé; après quoi il
passa en Angleterre.
Mathieu-Jean-Félicité, vicomte, puis duc Mathieu de Montmorency, était
né à Paris le 10 juillet 1767 Il avait fait ses premières armes en
Amérique dans le régiment d'Auvergne, dont son père était colonel. Marié
très-jeune à une personne sans beauté, Mlle de Luynes, il en eut une
fille, et se lança, avec toute la fougue de son âge et de son caractère,
dans les plaisirs du grand monde, très-facile à cette époque, et dans
les enivrements d'une passion partagée. Il appartenait à ce petit groupe
de la haute aristocratie, dans lequel l'enthousiasme des idées de
progrès, de réformes et de révolution sociale était le plus vif. Il
voyait dès lors très-habituellement Mme de Staël.
On sait que ce fut sur une motion de Mathieu de Montmorency, député aux
États généraux, que l'Assemblée constituante décréta, dans la nuit du 4
août, l'abolition des privilèges de la noblesse. Il émigra en 1792, et
apprit en Suisse, où il avait cherché un asile, la mort de son frère
l'abbé de Laval, qu'il aimait avec la dernière tendresse, et dont la
tête venait de tomber sous la hache révolutionnaire. Cette horrible
nouvelle fut pour Mathieu un coup de foudre; peu s'en fallut que le
désespoir n'altérât sa raison. Dans sa douleur, il s'accusait de la mort
de ce frère victime de la révolution, dont lui, Mathieu de Montmorency,
avait embrassé les doctrines. Les remords eurent chez lui l'intensité
que tous les sentiments prenaient dans cette nature passionnée.
L'amitié de Mme de Staël, sa sympathie délicate, son ingénieuse bonté,
s'employèrent à calmer les angoisses de ce coeur déchiré; elle parvint à
les adoucir: mais ce fut la religion qui seule y fit entrer la paix. À
partir de ce jour, cet impétueux, ce séduisant, ce frivole jeune homme
devint un austère et fervent chrétien.
Quand Mathieu de Montmorency fut amené chez Mme Récamier, il avait
trente-sept à trente-huit ans; sa belle et noble figure portait encore
la trace des chagrins et des luttes intérieures: je me représente
aisément, parce que je l'ai connu douze ou quinze ans plus tard, ce
qu'il devait être à cet âge. M. de Montmorency était grand, moins élancé
que son cousin, blond comme lui, et quand il devint chauve, ce qui lui
arriva d'assez bonne heure, sa soyeuse chevelure forma une couronne et
comme une auréole à cette tête mâle et régulière. Il avait les plus
nobles et les plus élégantes manières, sa politesse était parfaite, et
tenait, avec une bienveillance un peu hautaine, les gens fort à
distance. Naturellement emporté, on sentait que le calme et la sérénité,
devenus habituels chez lui, n'y étaient qu'un effort de vertu. Sa
charité était sans bornes. Des passions qu'il avait domptées, il restait
à cette âme très-tendre une vivacité dans l'amitié, qui rendait son
commerce singulièrement attachant. Catholique profondément convaincu, il
eut pour Mme de Staël, malgré la différence des communions auxquelles
ils appartenaient, une affection profonde, intime, et une compassion
tendre pour des faiblesses qu'il n'ignorait pas et dont il espérait
toujours l'aider à triompher.
Je ne sais si on pouvait dire de Mathieu de Montmorency qu'il était ce
qu'on est convenu d'appeler un homme d'esprit: il avait assurément l'âme
plus haute et plus grande que son esprit n'était étendu; mais il y avait
dans ses jugements, dans ses sentiments, dans son langage, une
délicatesse et une distinction rares. Le souvenir des entraînements de
sa jeunesse tempérait sa sévérité, et l'austérité de la vie qu'il
s'était imposée depuis sa conversion ajoutait par le respect à
l'autorité qu'il prenait facilement sur tout ce qui l'approchait. La
plus complète sympathie ne pouvait manquer de s'établir entre Mathieu de
Montmorency et sa nouvelle amie. Il aima en elle ces dons heureux que la
Providence accorde rarement au degré où elle les possédait, la pureté de
l'âme, une bonté pour ainsi dire céleste et un coeur à la fois fier, haut
et tendre.
L'amitié de Mathieu pour Mme Récamier fut d'autant plus vive qu'elle ne
fut jamais exempte d'inquiétudes. Il vivait dans la préoccupation
constante des périls que faisaient courir à cette âme si précieuse un
désir de plaire dont il ne pouvait la guérir et tant d'hommages frivoles
mais enivrants, intéressés à sa perte. Il l'aimait en père et veillait
avec une sollicitude jalouse sur les sentiments qu'elle pouvait
éprouver. Ses consolations, ses conseils, ses pieux encouragements
l'associèrent à toutes les circonstances tristes ou dangereuses de la
vie de Mme Récamier: il eut souvent à ranimer son énergie dans des
moments de découragement et de dégoût, très-fréquents dans une existence
à la fois vide et brillante. M. de Montmorency sentait bien que ce
besoin d'être admirée et cette absence des affections intimes du foyer
domestique étaient des écueils redoutables pour la vertu de sa charmante
amie; aussi se montre-t-il dans toute sa correspondance préoccupé de lui
en faire comprendre le danger. J'aurai plus d'une occasion de citer à
leur date quelques-unes des lettres de Mathieu de Montmorency, monument
unique d'une affection dont la pureté et la délicatesse égalent la
vivacité et la profondeur. Les premiers billets de M. de Montmorency à
Mme Récamier ont pour objet, ou de solliciter les dons de sa charité
vraiment inépuisable, ou de la remercier des aumônes qu'elle a données.
Entre beaucoup d'autres, je copie celui-ci:
1802.
«Vous êtes trop bonne et trop généreuse, si on peut l'être trop.
Vous acquittez avec une ponctualité bien aimable les dettes mêmes
des jours d'opéra et de grande parure. Vous me pardonnerez un
sermon de plus contre la parure, quand elle prive de l'avantage de
vous voir.
«Je ne donnerai pas tous les trésors que vous m'envoyez aux mêmes
personnes dont je vous parlais hier; mais je réserve cette petite
caisse pour les charités les plus intéressantes. Heureux d'être
l'intermédiaire de vos bonnes actions, d'y être associé avec vous,
et pensant de toute mon âme qu'on ne peut jamais causer quelques
instants avec vous sans trouver une nouvelle raison de vous aimer
et de vous estimer davantage. Jugez ce que ce sera quand toutes nos
belles espérances seront réalisées! Je vous remercie encore,
Madame, pour moi et pour les pauvres. Agréez mes tendres et
respectueux hommages.»
Puis, la relation devenant plus intime, Mathieu comprend la valeur de
l'âme exposée à tant d'hommages et d'encens, et on le voit commencer son
rôle d'ami très-tendre et un peu grondeur, d'autant plus sévère qu'il
aime profondément et veut le salut éternel de ceux qu'il aime.