Au quartier-général à Milan, le 4 thermidor an 5 (22 juillet 1797).
_Au chef de l'état-major._
J'ai vu avec la plus grande peine que les Autrichiens se soient
renforcés sur l'Isonzo, et qu'ils aient placé des vedettes comme si nous
étions en guerre.
Je vous prie d'écrire sur-le-champ au général ennemi qui vous est
opposé, pour lui faire connaître voire surprise sur ce changement de
manière d'être, et si, lorsque votre lettre arrivera, ce commandant ne
fait pas rétablir les choses comme elles étaient, c'est-à-dire, six
hommes à Cervignano, vous placerez une demi-brigade, deux escadrons de
cavalerie et deux pièces d'artillerie légère à Roncano, que je
crois être du territoire vénitien; mais si Roncano était un village
autrichien, vous placeriez ces troupes dans un village vénitien, de
manière que les troupes qui sont a Cervignano et sur toute la gauche de
l'Isonzo, pussent être coupées au moment où elles feraient un mouvement,
ou quelque chose qui fût contraire.
Vous ferez ramasser tous les bateaux que vous pourrez trouver, pour
jeter un pont sur l'Isonzo, du côté de San-Pietro, de manière cependant
que vous vous trouviez toujours sur le territoire vénitien. Vous ferez
faire à ce pont deux bonnes têtes de pont; vous tiendrez des postes
le plus près possible de Gradisca, en vous tenant cependant sur le
territoire vénitien.
Vous me ferez connaître les travaux que l'ennemi ferait ou aurait
fait faire au château de Goritzia, à la chiuza di Pluze; vous ferez
reconnaître le chemin depuis la frontière vénitienne au-delà de Puffero
jusqu'à Caporetto, et vous vous assurerez qu'ils n'ont fait aucune
espèce de retranchement dans toute cette partie.
J'ai fait passer à la division du général Victor la cinquante-huitième
demi-brigade, qui est forte de deux mille cinq cents hommes, et au
moindre mouvement je vous ferai passer la division de cavalerie du
général Dugua.
Assurez-vous que votre artillerie est bien approvisionnée et en état
d'entrer en campagne.
Rendez-vous vous-même à Palma-Nova; visitez avec le plus grand soin les
travaux de la place, les approvisionnemens d'infanterie; donnez ordre
que l'on redouble d'ardeur aux travaux, et que l'on n'oublie rien pour
rendre cette place respectable. Envoyez des espions dans la Carniole
et dans la Carinthie, et instruisez-moi dans le plus grand détail des
positions qu'occupe l'ennemi, de ses forces, et des points qu'il fait
retrancher.
Le général Berthier écrira également au général Victor pour qu'il presse
les travaux d'Ozopo; pour qu'il envoie des espions, afin de s'assurer
si les ennemis ont fait des travaux à Clagenfurth, s'ils en ont fait à
Tarvis, et enfin s'ils en ont fait aux différentes têtes de pont de la
Dresse.
Vous donnerez l'ordre également au citoyen Andréossi pour qu'il envoie
des officiers, afin de construire le pont sur l'Isonzo d'une manière
solide, et qu'il puisse nous servir, quelque temps qu'il fasse.
Vous donnerez l'ordre au général Masséna et au général Miollis, pour que
l'un et l'autre prennent des mesures pour raccommoder les chemins depuis
Mantoue jusqu'à Padoue.
Vous donnerez les ordres pour qu'on recommence les travaux des places de
Porto-Legnago et de Peschiera, et au commandant du génie pour continuer
et redoubler avec la plus grande activité les travaux de celles d'Ozopo
et de Palma-Nova.