Au quartier-général à Montebello, le 13 prairial an 5 (1er juin 1797).
_Au directoire exécutif._
Je vous fais passer, citoyens directeurs, copie de la note que nous
vous avons présentée relativement à M. de la Fayette. Vous y trouverez
également copie d'une note que m'a présentée M. de Gallo pour le duc de
Modène.
M. le marquis de Gallo m'a montré ses pleins pouvoirs de S.M. le roi
des Deux-Siciles, et m'a fait la proposition officielle de l'échange de
l'île d'Elbe contre la province de terre-ferme et la Marche d'Ancône, y
compris la ville et le port. Je lui ai répondu que nous ne pouvions
pas disposer de ce qui n'était pas à nous; il répliqua que le roi des
Deux-Siciles s'arrangerait avec le pape pour en obtenir le consentement.
La cour de Naples arme toujours, quoiqu'elle soit aux expédiens pour
vivre.
Il n'y a pas de cour plus furibonde et plus profondément décidée contre
la république; il faut donc bien nous garder de jamais consentir à ce
qu'elle obtienne aucune espèce d'accroissement.
Ceux qui possèdent la Sicile et le port de Naples, s'ils devenaient
une grande puissance, seraient les ennemis nés et redoutables de notre
commerce.
Si le pape meurt, ou s'il y a quelque révolution à Rome, je ne doute pas
que le roi de Naples ne fasse marcher dix mille hommes à Rome.
Les deux républiques italiennes réunies n'ont aucune puissance
militaire, puisqu'elles n'ont, à elles deux, qu'à peu près deux cents
hommes de très-mauvais chasseurs, cinq mille Polonais, et quatre mille
Italiens. Je pense donc qu'il serait fort bien, comme je vous l'ai déjà
demandé, de chercher à avoir encore de quatre à cinq mille Espagnols à
Parme, afin de tenir en respect la cour de Naples.
Les Polonais inquiètent beaucoup l'empereur: effectivement, il vient
du fond de la Pologne beaucoup d'officiers, et les soldats voient leur
uniforme polonais avec un plaisir qui redouble leurs moyens.
M. de Gallo m'a communiqué que S.M. l'empereur, en même temps qu'elle
donnerait une preuve de son désir de procurer et de contribuer à la
tranquillité intérieure de la république, en licenciant le corps
d'émigrés français, s'attendait à la réciprocité, de notre part, à
l'égard des Polonais, sinon à un entier licenciement, du moins à des
modifications pour son exécution.