Au quartier-général à Montebello, le 13 prairial an 5 (1er juin 1797).
_Au ministre de la marine._
Il existe, citoyen ministre, dans les chantiers de Venise cinq vaisseaux
de 74, trois de 70 et un de 64.
Selon le rapport qu'on m'a fait, il faudrait deux ou trois mois de
travaux pour terminer ces bâtimens.
Il y a, outre cela, trois vaisseaux de 74 armés et équipés, qui étaient
en mer lors de la révolution, et que j'ai eu beaucoup de peine à faire
rentrer. J'ai ordonné qu'on mît à bord des troupes françaises, et qu'on
y répartît le peu d'officiers de marine que nous avions sur les lacs et
dans les différentes petites embarcations; je leur ai fait donner les
noms suivans: _le Stengel_, _le Laharpe_, _le Beraud_ et _le Robert_.
J'ai fait nommer les deux frégates: _la Muiron_, _la Carrère_.
J'ai fait ramasser tous les bois, chanvres et cordages: cela sera
embarqué pour être, sous l'escorte des frégates et de différens
vaisseaux de guerre, conduit à Toulon.
Je suis très-fâché de ne pas avoir ici le contre-amiral que je vous ai
demandé, il y a plus de quinze jours. Si vous voulez que cette escadre
puisse arriver à Toulon, et si vous voulez tirer profit des événemens de
Venise, dépêchez-vous de nous envoyer en poste au moins une soixantaine
d'hommes; savoir, un contre-amiral pour Venise, un commandant d'armes
pour Venise, un contre-amiral pour commander l'escadre, cinq ou six
capitaines de vaisseau, dix-huit ou vingt officiers, soixante ou
quatre-vingts contre-maîtres, chefs d'artillerie des vaisseaux, et
autres officiers qui puissent surveiller, diriger les équipages
italiens, et nous assurer qu'au moins, au lieu d'aller à Toulon,
l'équipage ne conduise pas l'escadre à Londres.
Cela, joint aux matelots, aux troupes que j'y mettrai, pourra nous
assurer de cette escadre. Si vous pouvez m'envoyer un millier de
matelots, faites-le.
J'ai peur que les Anglais ne viennent nous bloquer, c'est pourquoi je
désirerais que cinq ou six vaisseaux de ligne de Toulon vinssent à
Venise: en répartissant alors également les équipages étrangers sur tous
les vaisseaux, cette escadre pourrait monter à dix ou douze vaisseaux,
et partir de Venise pour la destination que vous lui donneriez, sans
être obligée d'aller à Toulon.
Je ferai donner ici à votre escadre des vivres, des objets de rechange
et de l'argent pour autant de mois que vous voudrez.
Je le répète, je vous recommande surtout de m'envoyer en poste (je ferai
payer ici les frais) la centaine d'hommes que je vous ai demandée, et
qui, s'ils n'arrivent dans huit ou dix jours, me feront tout perdre.
Envoyez aussi le chef des constructeurs de Toulon, et des constructeurs
entendus, afin qu'ils voient ce qu'ils veulent faire des vaisseaux qui
sont sur les chantiers.
Je n'ai pas avec moi un seul officier de marine qui soit entendu; tous
les hommes qui sont sur les frégates ou sur les chaloupes canonnières
sont incapables de faire un rapport.
J'ai nommé à la place d'ordonnateur de la marine de Venise le citoyen
Ricard, ancien ordonnateur de Toulon, et je lui ai ordonné de
correspondre avec vous.
L'ordonnateur de la marine à Toulon doit, à l'heure qu'il est, avoir
touché le million que je vous ai annoncé: je vous en ai envoyé un
autre à Paris en or et en argent, qui doit être arrivé. Envoyez-nous
promptement des hommes.