Au quartier-général à Montebello, le 8 prairial an 5 (27 mai 1797).
_Au doge de la république de Gênes._
J'ai reçu la lettre que votre sérénité s'est donné la peine de m'écrire.
J'ai tardé à y répondre jusqu'à ce que j'aie reçu des renseignemens
sur ce qui s'était passé à Gênes, dont votre sérénité m'a donné les
premières nouvelles.
Je suis sensiblement affecté des malheurs qui ont menacé et menacent
encore la république de Gênes. Indifférente à vos discussions
intérieures, la république française ne peut pas l'être aux assassinats,
aux voies de fait de toutes espèces qui viennent de se commettre dans
vos murs contre les Français.
La république de Gênes intéresse sous tant de rapports la république
française et l'armée d'Italie, que je me trouve obligé de prendre des
mesures promptes et efficaces pour y maintenir la tranquillité, y
protéger les propriétés, y conserver les communications et assurer les
nombreux magasins qu'elle contient.
Une populace effrénée et suscitée par les mêmes hommes qui ont fait
brûler _la Modeste_, aveuglée par un délire qui serait inconcevable, si
l'on ne savait que l'orgueil et les préjugés ne raisonnent pas, après
s'être assouvie du sang français, continue encore à maltraiter les
citoyens français qui portent la cocarde nationale.
Si, vingt-quatre heures après la réception de la présente lettre que
je vous envoie par un de mes aides-de-camp, vous n'avez pas mis à la
disposition de la France tous les Français qui sont dans vos prisons; si
vous n'avez pas fait arrêter les hommes qui excitent le peuple de Gênes
contre les Français; si enfin vous ne désarmez pas cette populace, qui
sera la première à se tourner contre vous lorsqu'elle connaîtra les
conséquences terribles qui en résulteront pour elle, l'égarement où vous
l'avez entraînée, le ministre de la république française sortira de
Gênes, et l'aristocratie aura existé.
Les têtes des sénateurs me répondront de la sûreté de tous les Français
qui sont à Gênes, comme les états entiers de la république me répondront
de leurs propriétés.
Je vous prie, du reste, de croire aux sentimens d'estime et de
considération distinguée que j'ai pour la personne de votre sérénité.