BONAPARTE.

Au quartier-général à Montebello, le 7 prairial an 5. (26 mai 1797).

_Au directoire exécutif._

Le pape, citoyens directeurs, continue à se mal porter. Je vous prie de

m'envoyer, pour faire passer dans l'occasion au ministre de France à

Rome, de nouveaux pouvoirs auprès du conclave, et de tracer la conduite

à tenir dans une circonstance aussi délicate. Nous avons le droit

d'exclure un cardinal: cette exclusion doit tomber sur le cardinal

Albani, s'il était sur les rangs.

Le marquis de Gallo désirerait fort la Marche d'Ancône pour Naples.

Comme vous voyez, cela n'est pas maladroit, mais c'est la chose du monde

à laquelle nous devons le moins consentir.

Dans la position actuelle des choses, je crois qu'il serait bien

essentiel que le roi d'Espagne voulût bien envoyer quatre ou cinq mille

Espagnols à Parme, de sorte qu'aux moindres circonstances à Rome, je

mêlerais ces Espagnols avec nos troupes; ce qui ne laisserait pas d'en

imposer singulièrement au roi de Naples, et nous mettrait à même

de placer le duc de Parme du côté de Rome, et de joindre Parme aux

nouvelles républiques. Cinq mille hommes d'infanterie et douze cents

hommes de cavalerie feraient un très-bon effet pour cet objet. Dans

la position actuelle du duc de Parme, ses troupes serviraient même à

maintenir la tranquillité dans ses états.

L'Espagne ayant, par sa marine, une prépondérance décidée sur Naples, il

est indispensable de les entremêler un peu dans les affaires d'Italie.

L'empereur et le roi de Naples visent évidemment à l'héritage du pape.

Je crois donc qu'il serait préférable qu'on fût obligé de donner à

l'Espagne contre le Portugal cinq mille hommes de plus, et d'avoir cinq

mille Espagnols à Parme.

J'envoie le général Gentili avec quinze cents hommes, cinq ou six cents

Vénitiens, et une partie de nos flottilles, pour s'emparer de Corfou,

de Zante et de Céphalonie. Pour Corfou, je crois que nous devons

irrévocablement le garder.

Le général Vaubois, avec quinze cents hommes, est arrivé en Corse, où

tout paraît être parfaitement tranquille aujourd'hui.

L'île de Malte est pour nous d'un intérêt majeur. Le grand-maître est

mourant, il paraît que ce sera un Allemand qui sera son successeur. Il

faudrait 5 ou 600,000 fr. pour faire faire grand-maître un Espagnol.

(Note: _N.B._ Cette lettre n'est point terminée dans le manuscrit.)

Au quartier-général à Montebello, le 8 prairial an 5 (27 mai 1797).

_Au citoyen Faypoult, envoyé de la république à Gênes._

Je vous envoie, citoyen ministre, la lettre que j'écris au sénat. Je ne

puis pas vous dissimuler que vous avez eu tort d'empêcher notre escadre

d'entrer dans Gênes, et votre conduite a une faiblesse qui ne sied pas à

l'intérêt de la république, ni à sa dignité. Les puissances d'Italie

se joueront-elles donc toujours de notre sang? Je vous requiers si,

vingt-quatre heures après que mon aide-de-camp aura lu la présente

lettre au doge, les conditions n'en sont point remplies dans tous les

détails, de sortir sur-le-champ de Gênes et de vous rendre à Tortone. Je

crois qu'il est nécessaire de prévenir les Français établis à Gênes,

qui auraient des craintes, de chercher à se mettre en sûreté. Puisque

l'aristocratie veut nous faire la guerre, il vaut mieux qu'elle la

déclare actuellement que dans toute autre circonstance; elle ne vivra

pas dix jours.

Si le sénat a à coeur de maintenir l'amitié entre les deux républiques

après qu'il aura rempli les préliminaires ci-dessus, vous vous rendrez

à Milan avec les députés du sénat, pour aviser à prendre les moyens

nécessaires pour établir pour toujours la tranquillité dans Gênes, et

pourvoir aux réparations dues à la république pour les crimes commis

envers les citoyens français.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome I. · 第 767 / 899 题