Au quartier-général à Montebello, le 1er prairial an 5 (20 mai 1797).
_Au directoire exécutif._
Le général Baraguay d'Hilliers a pris possession de la ville de Venise,
de tous les forts, de toutes les îles qui en dépendent.
Cette malheureuse ville était en proie à l'anarchie et à la guerre
civile. Les Français y ont été reçus aux acclamations de tout le peuple,
et chacun, depuis l'instant qu'ils sont entrés, tient sa personne et sa
propriété comme sûres.
La confiance que les différens peuples qui ont vu de près l'armée
d'Italie, ont dans sa bonne discipline et l'esprit de justice qui anime
les officiers et les soldats, est un des fruits les plus doux d'une
bonne conduite, qui leur assure un titre plus sûr à la reconnaissance de
l'humanité, que les victoires qu'ils ont remportées.
Je vous fais passer deux proclamations du gouvernement provisoire de
Venise.
Je vous ferai tenir deux lettres du secrétaire de légation à Venise,
qui vous donneront quelques détails sur les derniers événemens qui ont
précédé l'entrée des Français.
Les ministres d'Angleterre, de Russie et M. d'Entraigues s'étaient
sauvés de la ville.
J'attends avec impatience un contre-amiral, des matelots et quelques
capitaines de vaisseaux, pour pouvoir promptement équiper une escadre à
Venise.
J'attends, sous deux ou trois jours, M. de Gallo, pour l'échange des
ratifications.
Je vous prie de ne pas perdre un instant à me donner et à m'envoyer des
instructions sur la conduite à tenir envers Rome; le Pape a une mauvaise
santé, il peut mourir d'un instant à l'autre: il y a d'ailleurs beaucoup
de fermentation à Rome.
Je vous ai déjà rendu compte que l'aristocratie est agonisante à Gênes.
Toutes les marchandises appartenant aux Anglais, aux Russes et aux
Portugais, à Venise, sont confisquées.
Je vous enverrai, par le prochain courrier, un recueil de toutes les
pièces que j'ai fait imprimer, relatives aux affaires de Venise.