BONAPARTE.

Au quartier-général à Scheifling, le 16 germinal an 5 (5 avril 1797).

_À M. Pesaro, sage grand de la république de Venise._

Les affaires militaires, monsieur, qui se sont succédé avec la plus

grande rapidité, m'ont empêché de répondre à la lettre que vous vous

êtes donné la peine de m'écrire.

De tous les points du territoire de la république de Venise, il me vient

des plaintes sur la conduite des agens de cette république à l'égard de

l'armée française. À Verone, on affiche tous les jours des placards pour

exciter la haine du peuple contre nous, et effectivement les assassinats

commencent et deviennent fréquens sur la route de Verone à la Piave.

Un vaisseau de guerre vénitien a tiré des coups de canon sur la frégate

_la Brune_, et l'a empêchée de mouiller dans le golfe, tandis qu'un

convoi autrichien y mouillait.

La maison du consul de Zante a été pillée et brûlée, et votre

gouvernement l'a laissé faire.

Toutes les personnes qui sont soupçonnées d'avoir prêté secours à

l'armée française sont ouvertement persécutées, dans le temps qu'on

encourage de nombreux agens que la maison d'Autriche a dans Verone et

autres lieux des états de Venise.

La république française, ne se mêle pas, monsieur, des affaires

intérieures de la république de Venise; mais la nécessité de veiller à

la sûreté de l'armée me fait un devoir de prévenir les entreprises que

l'on pourrait faire contre elle.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome I. · 第 710 / 899 题