Au quartier général à Scheifling, le 16 germinal an 5 (5 avril 1797).
_Au directoire exécutif._
_Combat des gorges de Neumarck._
Citoyens directeurs,
L'armée s'est mise en marche le 12. La division du général Masséna,
formant l'avant-garde, a rencontré l'ennemi dans les gorges qui se
trouvent entre Freisach et Neumarck. L'arrière-garde ennemie a été
culbutée dans toutes les positions qu'elle a voulu disputer, et nos
troupes s'acharnèrent à la poursuivre avec une telle vitesse, que le
prince Charles fut obligé de faire revenir, de son corps de bataille,
les huit bataillons de grenadiers, les mêmes qui ont pris Kelh et qui
sont en ce moment l'espoir de l'armée autrichienne; mais la deuxième
d'infanterie légère, qui s'est distinguée depuis son arrivée par son
courage, ne ralentit pas son courage un seul instant, se jeta sur les
flancs de droite et de gauche, dans le temps que le général Masséna,
pour fouler la gorge, faisait mettre en colonne les grenadiers de la
dix-huitième et de la trente-deuxième. Le combat s'engagea avec fureur:
c'était l'élite de l'armée autrichienne qui venait lutter contre nos
vieux soldats d'Italie. L'ennemi avait une position superbe, qu'il avait
hérissée de canons; mais elle ne fit que retarder de peu de temps la
défaite de l'arrière-garde ennemie. Les grenadiers ennemis furent mis
dans une complète déroute, laissèrent le champ de bataille couvert de
morts, et cinq à six cents prisonniers.
L'ennemi profita de toute la nuit pour filer. À la pointe du jour, nous
entrâmes dans Neumark. Le quartier-général fut, ce jour-là, à Freisack.
Nous avons trouvé à Freisack quatre mille quintaux de farine, une grande
quantité d'eau-de-vie et d'avoine. Ce n'était qu'une faible partie des
magasins qui y existaient, l'ennemi avait brûlé le reste: nous en avons
trouvé autant à Neumarck.
_Combat de Hundelmarck._
Le 14, le quartier-général se porta à Scheifling. L'avant-garde, sur le
point d'arriver à Hundelmarck, rencontra l'arrière-garde de l'ennemi,
qui voulait lui disputer sa couchée.
La deuxième d'infanterie légère était encore d'avant-garde. Après
une heure de combat, l'arrière-garde ennemie, qui, ce jour-là, était
composée de quatre régimens venant du Rhin, fut encore mise en déroute,
et nous laissa six cents prisonniers, et au moins trois cents morts sur
le champ de bataille. Notre avant-garde mangea encore, ce jour-là, le
pain et but l'eau-de-vie préparés pour l'armée autrichienne.
Notre perte, dans ces deux combats, a été de fort peu de chose: le chef
de brigade Carere, officier du plus grand courage, et qui nous a rendu,
dans la campagne les plus grands services, a été tué d'un boulet. C'est
le seul officier que nous ayons perdu: il est vivement regretté.
Aujourd'hui nous occupons Kintenfeld, Murau et Jundenburg. L'ennemi
paraît s'être décidé à une retraite plus précipitée, et à ne plus
engager de combat partiel.
J'ai fait poursuivre, par la division du général Guieux, la division du
général autrichien Spork, qui voulait faire sa jonction par la vallée
de la Marche, et dont l'avant-garde était déjà arrivée à Murau. Notre
arrivée prompte à Scheifling a rendu cette jonction impossible:
désormais elle ne peut plus se faire qu'au de-là des montagnes qui
avoisinent Vienne.
Je vous envoie la réponse que m'a faite le prince Charles à ma lettre du
10, avant le combat du 13; deux heures après avoir envoyé cette réponse,
comme nous marchions sur Freisack, il a fait demander, par un de ses
aides-de-camp, une suspension de quatre heures, proposition entièrement
inadmissible. Il voulait, en gagnant quatre heures, gagner la journée,
et par là avoir le temps de faire sa jonction avec le général Spork:
c'était précisément la raison qui me faisait marcher jour et nuit.
Depuis le commencement de la campagne, le citoyen Ordonner, chef de
brigade du dixième régiment de chasseurs, montre un courage qui lui
captive l'estime de l'armée.