Au quartier-général à Clagenfurth, le 12 germinal an 5 (1er avril 1797).
_Au directoire exécutif._
Je vous ai rendu compte, dans ma dernière dépêche, des combats de
Trévise et de la Chiusa. Le 8, trois divisions de l'armée se trouvaient
avoir traversé les gorges qui, de l'état vénitien, conduisent en
Allemagne, et campaient à Villach, sur les Lords de la Drave.
Le 9, le général Masséna se mit en marche avec sa division; il
rencontra, à une lieue de Clagenfurth, l'armée ennemie, et il s'engagea
un combat, où l'ennemi perdit deux pièces de canon et deux cents
prisonniers. Nous entrâmes le même soir à Clagenfurth, qui est la
capitale de la Haute et Basse-Carinthie. Le prince Charles, avec les
débris de son armée extrêmement découragée, fuit devant nous.
Notre avant-garde est aujourd'hui entre Saint-Veit et Freisach. La
division du général Bernadotte est à Laubach, capitale de la Carniole.
J'ai envoyé le général polonais Zajonseck, à la tête d'un corps de
cavalerie, pour suivre la vallée de la Drave, arriver à Lintz et opérer
ma jonction avec le général Joubert, qui est à Brixen; elle doit être
faite à l'heure qu'il est.
Depuis le commencement de cette campagne, le prince Charles a perdu près
de vingt mille hommes de ses troupes, qui sont nos prisonniers. Les
habitans de la Carniole et de la Carinthie ont pour le ministère de
Vienne et d'Angleterre un mépris qui ne se conçoit pas; la nation
anglaise accapare tellement la haine et l'exécration du continent, que
je crois que, si la guerre dure encore quelque temps, les Anglais seront
réellement exécrés, qu'ils ne seront plus reçus nulle part.
Voilà donc les ennemis entièrement chassés des états de Venise; la Haute
et Basse-Carniole, la Carinthie, le district de Trieste, et tout le
Tyrol, soumis aux armes de la république.
Nous avons trouvé, près de Villach, un magasin de fer coulé, de
cartouches et de poudre, de mine de plomb, d'acier, de fer et de cuivre.
Nous avons trouvé, près de Clagenfurth, des manufactures d'armes et de
drap.