BONAPARTE.

Au quartier-général à Goritz, le 5 germinal an 5 (25 mars 1797).

_Au directoire exécutif._

Citoyens directeurs,

Je vous ai rendu compte, par mon dernier courrier, qu'une colonne de

l'armée du prince Charles était cernée entre la division du général

Masséna, qui était à Tarwis, et celle du général Guieux, qui, arrivé à

Caporeto, le poussait devant lui dans les gorges.

_Combat de Tarwis._

Le général Masséna, arrivé à Tarwis, fut attaqué par une division

ennemie, partie de Clagenfurth, et qui venait au secours de la division

qui était cernée. Après un combat extrêmement opiniâtre, il la mit en

déroute, lui fit une grande quantité de prisonniers, parmi lesquels

trois généraux. Les cuirassiers de l'empereur, arrivant du Rhin, ont

extrêmement souffert.

_Affaire de la Chiusa.--Prise de ce poste._

Cependant le général Guieux poussa la colonne qu'il avait battue à

Pufero, jusqu'à la Chiusa autrichienne, poste extrêmement retranché,

mais qui fut enlevé de vive force, après un combat très-opiniâtre, où

se sont particulièrement distingués les généraux Bon, Verdier, et la

quatrième demi-brigade, ainsi que la quarante-troisième. Le général

Kablès défendait lui-même la Chiusa avec cinq cents grenadiers: par le

droit de la guerre, les cinq cents hommes devaient être passés au fil de

l'épée; mais ce droit barbare a toujours été méconnu et jamais pratiqué

par l'armée française.

La colonne ennemie, voyant la Chiusa prise, activa sa marche, et tomba

au milieu de la division du général Masséna, qui, après un léger combat,

la fit toute prisonnière: trente pièces de canon, quatre cents chariots

portant les bagages de l'armée, cinq mille hommes, quatre généraux, sont

tombés en notre pouvoir.

Je m'empresse de vous faire part de cet événement, parce que, dans les

circonstances actuelles, il est indispensable que vous soyez prévenu de

tout sans retard. Je me réserve de vous rendre un compte plus détaillé

de tous ces événemens dès l'instant que j'aurai recueilli tous les

rapports, et que les momens seront moins pressans.

La chaîne des Alpes qui sépare la France et la Suisse de l'Italie,

sépare le Tyrol italien du Tyrol allemand, les états de Venise des états

de l'empereur, et la Carinthie du comté de Goritz et de Gradisca. La

division Masséna a traversé les Alpes italiques, et est venue occuper le

débouché des Alpes nordiques. Nos ennemis ont eu la maladresse d'engager

tous leurs bagages et une partie de leur armée par les Alpes nordiques,

qui dès lors se sont trouvés pris.

Le combat de Tarwis s'est donné au-dessus des nuages, sur une sommité

qui domine l'Allemagne et la Dalmatie; dans plusieurs endroits où notre

ligne s'étendait, il y avait trois pieds de neige, et la cavalerie,

chargeant sur la glace, a essuyé des accidens dont les résultats ont été

extrêmement funestes à la cavalerie ennemie.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome I. · 第 701 / 899 题