BONAPARTE.

Au quartier-général à Goritz, le 4 germinal an 5 (24 mars 1797).

_Au directoire exécutif._

M. Pezar, sage grand de la république de Venise, a été envoyé ici,

accompagné d'un sage de terre-ferme; il est revenu relativement aux

événemens de Brescia et de Bergame. Les peuples de ces deux villes

ont désarmé la garnison vénitienne, et chassé les provéditeurs de la

république de Venise. Un germe d'insurrection gagne toutes les têtes

de cette république. Je vous envoie une lettre que m'avait écrite

précédemment M. Battaglia, provéditeur de la république de Venise, et

la réponse que je lui ai faite. Ma conduite avec M. Pezaro était assez

délicate: ce n'est pas dans un moment où Palma-Nova n'est pas encore

approvisionné et armé, où nous avons besoin de tous les secours du

Frioul, et de toute la bonne volonté des gouvernemens vénitiens pour

nous approvisionner dans les défilés de l'Allemagne, qu'il fallait nous

brouiller. Il ne fallait pas non plus qu'ils pussent envoyer quatre ou

cinq mille hommes, et écraser les personnes qui, à Brescia et à Bergame,

nous sont attachées, quoique je n'approuve pas leur conduite, et que je

croie que leur insurrection nous est, dans le moment, très-nuisible;

mais le parti ennemi de la France est, dans ces différentes villes, si

acharné contre nous, que, s'il prenait le dessus, il faudrait être en

guerre ouverte avec toute la population. J'ai dit à M. Pezaro que le

directoire exécutif n'oubliait pas que la république de Venise était

l'ancienne alliée de la France; que nous avions un désir bien formé de

la protéger de tout notre pouvoir. J'ai demandé seulement d'épargner

l'effusion du sang, et de ne pas faire un crime aux citoyens vénitiens

qui avaient plus d'inclination pour l'armée française que pour l'armée

impériale; que nous ne soutenions pas les insurgés, qu'au contraire

je favoriserais les démarches que ferait le gouvernement; mais que

je croyais que, comme ils avaient envoyé un courrier au directoire

exécutif, il serait bon peut-être d'en attendre le retour, parce que

je croyais que la seule intervention de la France dans ces affaires

pourrait ramener les esprits sans avoir besoin de recourir aux armes.

Nous nous sommes quittés bons amis, il m'a paru fort content. Le grand

point, dans tout ceci, est de gagner du temps. Je vous prie, pour ma

règle, de me donner une instruction détaillée.

Les villes d'Ancone, du duché d'Urbin, de la province de Macerata,

m'accablent de députations pour me demander à ne pas retourner sous

l'autorité papale. La révolution gagne véritablement toutes les têtes en

Italie; mais il faudrait encore bien du temps pour que les peuples de

ces pays pussent devenir guerriers et offrir un spectacle sérieux.

Je vous envoie un exemplaire de la constitution de la république

cispadane.

Les Lombards sont très-impatiens; ils voudraient qu'on déclarât leur

liberté, et qu'on leur permît également de se faire une constitution;

ils soudoient, dans ce moment, quinze cents Polonais et deux mille

hommes de la légion lombarde. L'un et l'autre de ces corps commencent à

s'organiser assez Bien.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome I. · 第 700 / 899 题