BONAPARTE.

Au quartier-général à Bassano, le 20 ventose an 5 (10 mars 1797).

_Aux soldats de l'armée d'Italie._

La prise de Mantoue vient de finir une campagne qui vous a donné des

titres éternels à la reconnaissance de la patrie.

Vous avez remporté la victoire dans quatorze batailles rangées et

soixante-dix combats; vous avez fait plus de cent mille prisonniers,

pris à l'ennemi cinq cents pièces de canon de campagne, deux mille de

gros calibre, quatre équipages de pont.

Les contributions mises sur les pays que vous avez conquis ont nourri,

entretenu, soldé l'armée pendant toute la campagne; vous avez en outre

envoyé trente millions au ministre des finances pour le soulagement du

trésor public.

Vous avez enrichi le Muséum de Paris de plus de trois cents objets,

chefs-d'oeuvre de l'ancienne et nouvelle Italie, et qu'il a fallu trente

siècles pour produire.

Vous avez conquis à la république les plus belles contrées de l'Europe;

les républiques Lombarde et Cispadane vous doivent leur liberté; les

couleurs françaises flottent pour la première fois sur les bords

de l'Adriatique, en face et à vingt-quatre heures de navigation de

l'ancienne Macédoine; les rois de Sardaigne, de Naples, le pape, le duc

de Parme se sont détachés de la coalition de nos ennemis, et ont brigué

notre amitié; vous avez chassé les Anglais de Livourne, de Gênes, de la

Corse...; mais vous n'avez pas encore tout achevé, une grande destinée

vous est réservée: c'est en vous que la patrie met ses plus chères

espérances, vous continuerez à en être dignes.

De tant d'ennemis qui se coalisèrent pour étouffer la république, à sa

naissance, l'empereur seul reste devant nous. Se dégradant lui-même

du rang d'une grande puissance, ce prince s'est mis à la solde des

marchands de Londres; il n'a plus de politique, de volonté que celle

de ces insulaires perfides, qui, étrangers aux malheurs de la guerre,

sourient avec plaisir aux maux du continent.

Le directoire exécutif n'a rien épargné pour donner la paix à l'Europe;

la modération de ses propositions ne se ressentait pas de la force de

ses armées: il n'avait pas consulté votre courage, mais l'humanité et

l'envie de vous faire rentrer dans vos familles; il n'a pas été écouté

à Vienne; il n'est donc plus d'espérances pour la paix, qu'en allant la

chercher dans le coeur des états héréditaires de la maison d'Autriche.

Vous y trouverez un brave peuple accablé par la guerre qu'il a eue

contre les Turcs, et par la guerre actuelle. Les habitans de Vienne et

des États de l'Autriche gémissent sur l'aveuglement et l'arbitraire de

leur gouvernement; il n'en est pas un qui ne soit convaincu que l'or de

l'Angleterre a corrompu les ministres de l'empereur. Vous respecterez

leur religion et leurs moeurs, vous protégerez leurs propriétés; c'est

la liberté que vous apporterez à la brave nation hongroise.

La maison d'Autriche, qui, depuis trois siècles, va perdant à chaque

guerre une partie de sa puissance, qui mécontente ses peuples, en les

dépouillant de leurs privilèges, se trouvera réduite, à la fin de cette

sixième campagne (puisqu'elle nous contraint à la faire) à accepter la

paix que nous lui accorderons, et à descendre, dans la réalité, au rang

des puissances secondaires, où elle s'est déjà placée en se mettant aux

gages et à la disposition de l'Angleterre.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome I. · 第 692 / 899 题