Au quartier-général à Bassano, le 20 ventose an 5 (10 mars 1797).
_À M. Bataglia, provéditeur-général de la république de Venise à
Verone._
J'ai été douloureusement affecté en apprenant que la tranquillité
publique est troublée à Brescia. J'espère que, moyennant la sagesse des
mesures que vous prendrez, il n'y aura pas de sang de répandu. Vous
savez que, dans la position actuelle des esprits en Europe, les
persécutions ne feraient qu'autoriser les mécontens contre le
gouvernement.
Dans la plupart des villes de l'état vénitien, il y a des personnes qui
montrent à chaque instant leur partialité pour les Autrichiens, qui
ne cessent de maudire et de se montrer très-indisposées contre les
Français. Quelques-unes, mais en petit nombre, paraissent préférer les
moeurs et l'affabilité des Français à la rudesse des Allemands. Il
serait injuste de punir ces derniers et de leur faire un crime de la
partialité que l'on ne trouve pas mauvaise en faveur des Allemands.
Le sénat de Venise ne peut avoir aucune espèce d'inquiétude, devant être
bien persuadé de la loyauté du gouvernement français, et du désir que
nous avons de vivre en bonne amitié avec votre république; mais je ne
voudrais pas que, sous prétexte de conspiration, l'on jetât sous les
plombs du palais de Saint-Marc tous ceux qui ne sont pas ennemis
déclarés de l'armée française, et qui nous auront, dans le cours de
cette campagne, rendu quelques services.
Désirant pouvoir contribuer à rétablir la tranquillité et ôter toute
espèce de méfiance entre les deux républiques, je vous prie, monsieur,
de me faire connaître le lieu où je pourrai avoir l'honneur de vous
voir, ainsi que de croire aux sentimens d'estime et de considération,
etc.