Au quartier-général à Tolentino, le 1er ventose an 5 (19 février 1797).
_Au directoire exécutif._
Je vous fais passer, citoyens directeurs, le rapport du citoyen Monge,
que j'ai envoyé à Saint-Marin, avec le discours qu'il a prononcé lorsque
les douze drapeaux pris sur le pape et cinq drapeaux autrichiens, reste
de ceux pris aux dernières affaires, ont été apportés.
Le général Bernadotte est arrivé, et sa division se réunit à Padoue;
le calcul que j'avais fait, de porter les demi-brigades à quinze cents
hommes, l'une portant l'autre, se vérifie.
Je vous demande le grade de général de brigade pour l'adjudant-général
Duphot, qui a eu, dans ces différentes affaires, cinq chevaux tués sous
lui: c'est un de nos plus braves officiers.
Le pape a ratifié le traité de paix conclu à Tolentino; dès que j'en
aurai l'original, je vous l'expédierai.
Le roi de Sardaigne a approuvé le traité d'alliance offensive et
défensive conclu par le général Clarke, qui, dans des lettres
très-détaillées, vous expose les différentes démarches qu'il a faites
pour arriver à des négociations de paix. Il nous a paru que l'on ne
pouvait pas à la fois entamer une négociation de paix séparée avec
Vienne, et prêter l'oreille à la proposition qui serait faite à
l'ouverture d'un congrès: tant que la cour de Vienne aura l'espoir
d'obtenir de nous l'ouverture d'un congrès, elle n'entendra jamais des
propositions de paix séparée.
Nous ne porterons jamais la cour de Vienne à entrer en négociation avec
nous, qu'en nous prononçant décidément contre l'ouverture d'un congrès,
qui, par la lenteur des formes, ne pourrait pas éviter la campagne
qui va s'ouvrir, et qu'un esprit d'humanité et de philosophie, qui,
malheureusement, n'est pas partagé par l'empereur, vous fait désirer
d'éviter.
Je fais travailler à l'armement et aux approvisionnemens de Mantoue,
dans le même temps que je fais travailler aux mines pour la détruire.
Notre position en Italie me paraît fort satisfaisante.
Je n'ai pas été à Milan depuis la prise de Mantoue, parce que les
habitans de la Lombardie attendent mon arrivée, et espèrent que je vais
leur permettre la réunion de leurs assemblées primaires.
Le moment d'exécuter vos ordres pour Venise n'est pas encore arrivé; il
faut, avant, ôter toute incertitude sur le sort des combats que les deux
armées vont avoir à se livrer; je désirerais même que la flottille que
le ministre de la marine me promet, fût arrivée dans l'Adriatique.
J'ai nommé le citoyen Meuron, qui nous a rendu des services sur le
lac de Garda, consul de la république à Ancône: je vous prie de le
confirmer.
J'espère, avant quinze jours, indépendamment de la corvette _la Brune_,
qui est arrivée dans l'Adriatique, avoir une vingtaine de corsaires à
Ancône; ce qui nous rendra maîtres du commerce de l'Adriatique.