Au quartier-général à Mantoue, le 14 pluviose an 5 (2 février 1797).
_Au ministre de la guerre._
Je réponds, citoyen ministre, à votre lettre relative à la demande que
vous me faites sur la situation militaire actuelle de l'île de Corse.
Le général de brigade Casalta, que j'envoyai en Corse, débarqua à
la tête de la gendarmerie de ce département et de plusieurs autres
réfugiés, et acheva de chasser les Anglais de cette île.
Le général Gentili ne tarda pas à y passer avec tous les réfugiés corses
qui se trouvaient à l'armée d'Italie, et qui, par leurs liaisons dans
le pays, achèveront de consolider notre établissement. Je fis passer
également cent canonniers avec plusieurs officiers d'artillerie et du
génie, pour armer les différens forts. Le général Gentili a, par mon
ordre, créé, dans les départemens du Golo et du Liamone, un bon corps de
gendarmerie, et cinq colonnes mobiles composées de trois cents hommes,
tant pour veiller à la défense de la côte, que pour comprimer nos
ennemis intérieurs.
La garde des forts d'Ajaccio, Bonifaccio et Bastia est confiée à des
corps de gardes nationales d'une fidélité et d'un patriotisme reconnus.
Le commissaire ordonnateur de l'armée a passé des marchés et fait
approvisionner les différentes places de l'île de tout ce qui leur
était nécessaire, en même temps qu'il a pourvu à la solde de tous ces
différens corps.
Depuis que les deux départemens qui composent l'île de Corse sont
rentrés sous la domination de la république, il n'y a eu aucun
assassinat ni attentat aux propriétés; jamais pays n'a été plus
tranquille, et jamais révolution ne s'est faite avec aussi peu de
commotion.
Je n'ai pas fait passer de troupes en Corse: nous avons l'habitude d'y
tenir cinq mille hommes de garnison, et mes troupes m'étaient trop
nécessaires en Italie pour pouvoir en distraire la moindre partie pour
la Corse, dont la tranquillité d'ailleurs a été mieux assurée par les
mesures de police intérieure que j'ai prises, et par l'argent que j'ai
fait passer, que par un corps de quatre mille hommes. Cependant, lorsque
les affaires de Rome seront terminées, et que les Anglais auront évacué
Porto-Ferrajo, je ferai passer six cents hommes dans le fort de Bastia,
et quatre cents dans celui d'Ajaccio.
Vous pouvez être, citoyen ministre, sans aucune inquiétude sur la
tranquillité intérieure et extérieure de l'île de Corse. Il n'y a, je
crois, qu'un ennemi de la patrie qui puisse exiger que l'on ait affaibli
les corps de l'armée d'Italie pour envoyer en Corse des troupes à peu
près inutiles. Si le directoire continue à me laisser le maître de
faire ce qu'il conviendra, j'enverrai des troupes en Corse dès que
la situation de l'armée me le permettra, ou que les circonstances
l'exigeront.