BONAPARTE.

Au quartier général à Milan, le 8 nivose an 5 (28 décembre 1796).

_Au directoire exécutif._

Le citoyen Muiron a servi, depuis les premiers jours de la révolution,

dans le corps de l'artillerie; il s'est spécialement distingué au siège

de Toulon, où il fut blessé en entrant par une embrasure dans la célèbre

redoute anglaise.

Son père était alors arrêté comme fermier-général: le jeune Muiron se

présente à la convention nationale, au comité révolutionnaire de sa

section, couvert du sang qu'il venait de répandre pour la patrie; il

obtint la libération de son père.

Au 13 vendémiaire, il commandait une des divisions d'artillerie qui

défendaient la convention; il fut sourd aux séductions d'un grand nombre

de ses connaissances et des personnes de sa société. Je lui demandai

si le gouvernement pouvait compter sur lui: «Oui, me dit il, j'ai fait

serment de soutenir la république, je fais partie de la force armée,

j'obéirai en obéissant à mes chefs; je suis d'ailleurs, par ma manière

de voir, ennemi de tous les révolutionnaires, et tout autant de ceux qui

n'en adoptent les maximes et la marche que pour rétablir un trône, que

de ceux qui voudraient rétablir ce régime cruel où mon père et mes

parens ont si longtemps souffert.» Il s'y comporta effectivement en

brave homme, et fut très utile dans cette journée, qui a sauvé la

liberté.

Depuis le commencement de la campagne d'Italie, j'avais pris le citoyen

Muiron pour mon aide de-camp: il a rendu dans presque toutes les

affaires des services essentiels; enfin il est mort glorieusement sur le

champ de bataille d'Arcole, laissant une jeune veuve enceinte de huit

mois.

Je vous demande, en considération des services rendus dans les

différentes campagnes de cette guerre par le citoyen Muiron, que la

citoyenne veuve Berault Courville, sa belle-mère, soit rayée de la liste

des émigrés, sur laquelle elle a été inscrite, quoiqu'elle n'ait jamais

émigré, ainsi que le citoyen Charles Marie Berault Courville, son beau

frère. Ce jeune homme avait quatorze ans lorsqu'il a été mis sur la

liste des émigrés, étant en pays étranger pour son éducation.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome I. · 第 649 / 899 题