Au quartier-général à Milan, le 8 nivose an 5

(28 décembre 1796).

_Au directoire exécutif._

Les Vénitiens ayant accablé de soins l'armée du général Alvinzi, j'ai

cru devoir prendre une nouvelle précaution, en m'emparant du château

de Bergame, qui domine la ville de ce nom et empêcherait les partisans

ennemis de venir gêner notre communication entre l'Adda et l'Adige.

De toutes les provinces de l'État de Venise, celle de Bergame est la

plus mal intentionnée à notre égard. Il y avait dans la ville de ce nom

un comité chargé de répandre les nouvelles les plus ridicules sur le

compte de l'armée; c'est sur le territoire de cette province que l'on a

le plus assassiné de nos soldats, et c'est de là que l'on favorisait la

désertion des prisonniers autrichiens. Quoique la prise de la citadelle

de Bergame ne soit pas une opération militaire, il n'en a pas moins

fallu de la dextérité et de la fermeté: le général Baraguay d'Hilliers,

que j'en avais chargé, s'est dans cette occasion parfaitement conduit;

je vais lui donner le commandement d'une brigade, et j'espère qu'aux

premières affaires il méritera sur le champ de bataille le grade de

général de division.

Je vous ferai passer plusieurs pièces de ma correspondance avec le duc

de Parme, bonnes à communiquer à notre ambassadeur en Espagne, pour s'en

faire un mérite près la cour de Madrid.

J'ai eu une entrevue avec M. Manfredini, qui, comme vous le savez, a été

gouverneur de l'empereur, du prince Charles et du grand duc de Toscane;

je suis convenu avec lui, après deux heures de pourparlers et de

finesses diplomatiques, que, moyennant deux millions, j'évacuerais

Livourne: il a beaucoup pleuré misère. J'attends la réponse du grand duc

sous quelques jours.

Les Napolitains m'ont fait signifier la paix et m'ont demandé la

permission de s'en retourner à Naples, je leur ai répondu que le

gouvernement ne m'avait pas encore signifié la paix, que j'allais vous

expédier un courrier, que j'attendrais des ordres. Je vous prie de me

faire connaître vos intentions à ce sujet. Je désirerais cependant,

auparavant de les laisser s'en aller, avoir terminé quelque chose avec

Rome: car cette cavalerie m'est un gage que le roi de Naples s'en

tiendra à la paix et se conduira comme il faut.

Quant à Rome, le pape a dans ce moment réuni toutes ses forces à Faïenza

et dans les autres villes de la Romagne, où il a près de six mille

hommes. Comme cela fait très peur aux Bolonais et pourrait servir à

favoriser l'évasion de Wurmser de la place de Mantoue, conformément à un

article de l'armistice, je ferai arrêter des otages dans les différens

pays, conformément à l'usage de toutes les nations, et ces otages seront

les citoyens les plus attachés au pape et les plus grands ennemis du

parti français: par ce moyen, le pays s'organisera de lui-même comme

Bologne. Je séquestrerai tous les revenus de la Romagne et de la Marche,

pour me tenir lieu de paiement des quinze millions, conformément à

l'armistice. Je mettrai à Ancône les quinze cents hommes que je tiens à

Livourne, et par ce moyen j'éloignerai ce corps d'ennemis qui paraît se

combiner avec la position d'Alvinzi à Padoue et l'ordre que l'empereur

vient de donner à Wurmser; et je trouverai de l'argent pour l'année.

Si je tarde quelques jours dans l'exécution de ce projet, c'est 1°.

qu'il faut laisser passer quelques jours pour que l'impression faite sur

les Vénitiens par l'occupation de Bergame soit entièrement détruite; 2°.

qu'il faut que je m'assure que les secours que vous m'annoncez sont en

route et arrivent véritablement. Vous sentez bien qu'il me faut au moins

trois mille hommes pour aller jusqu'à Ancône, qui est à quarante lieues

de Bologne. Si les dix mille hommes de secours de l'Océan et les dix

mille du Rhin que vous m'annoncez depuis longtemps arrivent enfin, je

prendrai six mille hommes pour aller à Rome. Vous sentez combien, dans

toutes ces hypothèses, il est essentiel d'avoir toujours en otages les

trois mille Napolitains, qui tiendront en respect la cour de Naples, qui

d'ailleurs, à ce qu'on m'assure, commence déjà à désarmer. Cela aussi

est une raison pour laquelle je retarde de quelques jours mon opération.

Le citoyen Poussielgue vous a rendu compte en détail de l'issue de

la négociation avec Turin. Il paraît que ces gens-là ne peuvent pas

s'accoutumer au nouvel état de choses. Le nouveau roi met de l'ordre

dans ses finances, se captive ses sujets, et je ne doute pas qu'il

n'espère, par la continuation de la guerre, pouvoir jouer de nouveau un

rôle. Je crois que notre politique à l'égard de ce prince doit consister

à maintenir toujours chez lui un ferment de mécontentement, et surtout à

bien s'assurer de la destruction des places du côté des Alpes.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome I. · 第 648 / 899 题