Vérone, le 3 brumaire an 5 (24 octobre 1796).
_Au citoyen Cacault._
Je vous ferai passer une lettre du ministre Delacroix. Le directoire me
prévient que vous êtes chargé de continuer les négociations avec Rome.
Vous me tiendrez exactement instruit de ce que vous ferez, afin que je
saisisse le moment favorable pour exécuter les intentions du directoire
exécutif. Vous sentez bien qu'après la paix avec Naples et avec Gênes,
la bonne harmonie qui règne avec le roi de Sardaigne, la reprise de la
Corse et notre supériorité décidée dans la Méditerranée, je n'attendrai
que le moment pour m'élancer sur Rome et y venger l'honneur national: la
grande affaire actuellement est de gagner du temps. Mon intention est,
lorsque j'entrerai sur les terres du pape, ce qui encore est éloigné,
de le faire, en conséquence de l'armistice, pour prendre possession
d'Ancône; de là, je serai plus à même d'aller plus loin, après avoir mis
en ordre mes derrières.
Enfin, le grand art actuellement est de jeter réciproquement la balle
pour tromper le vieux renard. Si vous pouviez obtenir un commencement
d'exécution de l'armistice, je crois que cela serait bon, mais
difficile, à ce que je crois.
Nos affaires reprennent aujourd'hui, et la victoire paraît revenir sous
nos drapeaux.