BONAPARTE.

Au quartier-général à Vérone, le 5 brumaire an 5 (24 octobre 1796).

_Au directoire exécutif._

Je suis fâché, citoyens directeurs, que votre lettre du 20 vendémiaire

me soit arrivée trop tard. Je vous prie de vous reporter aux

circonstances où je me trouvais: Rome imprimant des manifestes

fanatiques; Naples faisant marcher des forces; la régence de Modène

manifestant ses mauvaises intentions et rompant l'armistice en faisant

passer des convois à Mantoue. La république française se trouvait

avilie, menacée: ce coup de vigueur, de rompre l'armistice de Modène, a

rétabli l'opinion et a réuni Bologne, Ferrare, Modène et Reggio sous

un même bonnet. Le fanatisme s'est trouvé déjoué, et les peuples,

accoutumés à trembler, ont senti que nous étions encore là: la

république avait le droit de casser un armistice qui n'était pas

exécuté. La régence même ne désavoue pas d'avoir envoyé des secours dans

Mantoue.

Modène, Reggio, Ferrare et Bologne, réunis en congrès, ont arrêté une

levée de deux mille huit cents hommes, sous le titre de _Première légion

italienne_: l'enthousiasme est très-grand; les paysans qui portaient

des vivres dans Mantoue sont venus eux-mêmes nous apprendre les routes

cachées qu'ils tenaient. La plus parfaite harmonie règne entre nous et

les peuples.

A Bologne, ville de soixante-quinze mille âmes, l'enthousiasme est

extrême: déjà même la dernière classe du peuple s'est portée à des

excès; ils ne voulaient pas reconnaître le sénat: il a fallu les laisser

organiser leur constitution et me prononcer fortement pour le sénat,

afin de rétablir l'ordre.

A Ferrare, un évêque cardinal, prince romain qui jouit de 150,000 liv.,

donne tout au peuple et est toujours dans l'église. Je l'ai envoyé

à Rome sous le prétexte de négocier, mais dans la réalité pour m'en

débarrasser: il a été content de sa mission.

La folie du pape est sans égale; mais la nouvelle de Naples et de la

Méditerranée le fera changer. Mon projet, lorsque je le pourrai, est de

me rendre à Ancône au moyen de l'armistice, et de n'être ennemi que là.

Je vous ferai passer une proclamation que j'ai faite à Bologne, et la

lettre que j'ai écrite au cardinal archevêque de Ferrare.

Je vous fais mon compliment du traité souscrit avec Gênes: il est utile

sous tous les rapports.

La vente de Livourne se fait actuellement. J'occupe, avec une petite

garnison, Ferrare. Les barbets sont battus, défaits et fusillés. Vos

ordres pour mettre les licenciés à la solde du congrès de la Lombardie

sont exécutés.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome I. · 第 559 / 899 题