Au quartier-général à Ferrare, le 50 vendémiaire an 5 (21 octobre 1796).
_À Monsieur le cardinal Mattei._
La cour de Rome a refusé d'adopter les conditions de paix que lui a
offertes le directoire; elle a rompu l'armistice; et en suspendant
l'exécution des conditions, elle arme: elle veut la guerre, elle l'aura;
mais, avant de pouvoir de sang-froid prévoir la ruine et la mort des
insensés qui voudront faire obstacle aux phalanges républicaines, je
dois à ma nation, à l'humanité, à moi-même, de tenter un dernier effort
pour ramener le pape à des sentimens plus modérés, conformes à ses vrais
intérêts, à son caractère et à la raison. Vous connaissez, monsieur le
cardinal, les forces et la puissance de l'armée que je commande: pour
détruire la puissance temporelle du pape, il ne me faudrait que le
vouloir. Allez à Rome; voyez le Saint-Père, éclairez-le sur ses vrais
intérêts; arrachez-le aux intrigans qui l'environnent, qui veulent sa
perte et celle de la cour de Rome. Le gouvernement français permet
encore que j'écoute des négociations de paix; tout pourrait s'arranger.
La guerre, si cruelle pour les peuples, a des résultats terribles pour
les vaincus; évitez de grands malheurs au pape: vous savez combien je
désire finir par la paix une lutte que la guerre terminerait pour moi
sans gloire comme sans périls.
Je vous souhaite, monsieur le cardinal, dans votre mission, le succès
que la pureté de vos intentions mérite.