Au quartier-général à Milan, le 20 vendémiaire an 5 (11 octobre 1796).
_Au directoire exécutif_.
Des corps nombreux de l'empereur filent dans le Tyrol. Les pluies
d'automne continuent toujours à nous donner beaucoup de malades. Il
n'y a pas grand'chose à espérer du renfort des hommes aux hôpitaux,
puisqu'il y a à présumer que c'est dans un mois que l'on frappera ici
les grands coups.
Je vous enverrai incessamment la réponse que le général Châteauneuf
m'a faite par un courrier extraordinaire que je lui avais expédié: il
s'ensuit donc que je ne puis rien espérer au-delà de deux mille hommes,
et votre ordre en portait six mille. Vous m'avez prévenu, par le dernier
courrier, qu'il allait m'arriver dix mille hommes, indépendamment de ces
deux mille hommes. Vous devez me faire connaître le jour et le lieu de
leur départ, avec leur état de situation: s'il part dix mille hommes,
vous devez calculer qu'il n'en arrivera que cinq mille.
Je ne sais pas encore si le général Kellermann fait venir la quarantième
de Lyon, et si le général Willot obéit à l'ordre que je lui ai donné de
faire partir la quatre-vingt-troisième. De ces deux demi-brigades, si
elles arrivent à temps, dépend peut-être le destin de l'Italie.
Je fais fortifier Pizzighitone, Reggio, et tous les bords de l'Adda.
J'ai fait fortifier également les bords de l'Adige; enfin, dans
l'incertitude du genre de guerre que je ferai et des ennemis qui
pourront m'attaquer, je n'oublie aucune hypothèse, et je fais dès
aujourd'hui tout ce qui peut me favoriser. Je fais mettre en même temps
les châteaux de Ferrare et d'Urbin près Bologne en état de défense.
Nous avons beaucoup d'officiers d'artillerie et du génie malades.
Faites-nous partir une dizaine d'officiers de chacune de ces armes, des
hommes actifs et braves: Mantoue nous a ruiné ces deux armes. Je vous
prie de laisser le commandement de ces armes au citoyen Chasseloup et
au général Lespinasse: ce sont deux très-bons officiers. J'ai tant de
généraux de brigade blessés et malades que, malgré ceux que vous faites
tous les jours, il m'en manque encore: il est vrai qu'on m'en a envoyé
de si ineptes, que je ne puis les employer à l'armée active.
Je vous prie de nous envoyer le général Duvigneau et quelques autres
de cette trempe. Envoyez-nous plutôt des généraux de brigade que des
généraux de division. Tout ce qui nous vient de la Vendée n'est pas
accoutumé à la grande guerre; nous faisons le même reproche aux troupes,
mais elles s'aguerrissent.
Mantoue est hermétiquement bloqué, et cela avec sept mille hommes
d'infanterie, et mille cinq cents hommes de cavalerie.
Envoyez-nous des hommes qui aient servi dans la cavalerie, pour recruter
nos régimens; nous leur procurerons des chevaux: qu'ils viennent avec
leur uniforme de dragons, chasseurs ou hussards, leurs sabres et
carabines, hormis les dragons qui doivent avoir des fusils comme
l'infanterie. Il y a tant de ces anciens gendarmes qui infestent les
rues de Paris: moyennant quelques recruteurs qui courraient les rues,
en faisant ressouvenir qu'ici on paye en argent, je crois qu'il serait
possible de vous en procurer un bon nombre. Nous avons plus de mille
deux cents hommes de cavalerie malades ou blessés, et leurs chevaux sont
à ne rien faire aux dépôts. Envoyez-nous des officiers de cavalerie,
chefs de brigade, capitaines, nous trouverons ici à les placer: que ce
soit des hommes qui se battent.
Je vous prie de donner la retraite aux chefs de brigade Goudran du
vingtième de dragons, et au citoyen Sérilhac du vingt-cinquième de
chasseurs: ce sont des hommes qui sont malades la veille d'une affaire;
ces gens-là n'aiment pas le sabre. Je vous prie aussi de faire donner la
retraite au citoyen Gourgonier, chef d'escadron au premier de hussards.
Le chef du septième régiment de hussards, qui a été blessé, est un brave
homme, mais il est trop vieux, et il faut lui accorder sa retraite.
Moyennant que ces officiers supérieurs manquent, les affaires écrasent
un petit nombre de braves qui finissent par être blessés, prisonniers ou
tués; et les corps se trouvent sans chef.