Au quartier-général à Milan, le 20 vendémiaire an 5 (11 octobre 1796).
_Au directoire exécutif_.
L'affaire de Modène, citoyens directeurs, a parfaitement réussi: ce pays
est content et heureux de se voir délivré du joug qui pesait sur lui.
Les patriotes sont nombreux et en place. Je vous enverrai différens
imprimés qui vous mettront au fait de la tournure que je donne à
l'esprit pour opposer fanatisme à fanatisme, et nous faire des amis
des peuples qui, autrement, deviendraient nos ennemis acharnés. Vous y
trouverez l'organisation de la légion lombarde. Les couleurs nationales
qu'ils ont adoptées sont le vert, le blanc et le rouge.
Parmi les officiers, il y a beaucoup de Français; les autres sont des
officiers italiens, qui, depuis plusieurs années, se battent avec nous
à l'armée d'Italie. Le chef de brigade est un nommé Lahoz, milanais: il
était aide-de-camp du général Laharpe. Je l'avais pris avec moi; il est
connu des représentans qui ont été à l'armée d'Italie, et spécialement
du citoyen Ritter.
Je vous enverrai un manuscrit de l'organisation que je compte donner à
la première légion italienne. À cet effet, j'ai écrit aux commissaires
du gouvernement pour que les gouvernans de Bologne, de Modène, de Reggio
et de Ferrare aient à se réunir en congrès: cela se fera le 23. Je
n'oublie rien de ce qui peut donner de l'énergie à cette immense
population, et tourner les esprits en notre faveur. La légion lombarde
sera soldée, habillée, équipée par les Milanais. Pour subvenir à cette
dépense, il faudra les autoriser à prendre l'argenterie des églises, ce
qui vient à peu près à 1,000,000.
Je vous enverrai différentes lettres avec différentes notes du citoyen
Cacault. Tout annonce que, d'ici à un mois, de grands coups se porteront
en Italie. D'ici à ce temps, il faudra avoir conclu une alliance avec
Gênes ou avec le roi de Sardaigne. Vous ferez peut-être aussi très-bien
de faire la paix avec le roi de Naples.
J'ai renvoyé le citoyen Poussielgue à Turin pour continuer sa
négociation; je lui ai dit de vous instruire directement de Turin, de
l'issue de cette seconde entrevue.
Faites surtout que je sois instruit de notre position actuelle avec
Naples; vous savez que j'ai deux mille quatre cents hommes de cavalerie
napolitaine, que je fais surveiller, et qu'il faudrait prévenir, si nous
avions de plus fortes raisons de nous méfier de Naples: s'ils agissent
de leur côté en même temps que les Autrichiens et les autres puissances,
cela ne laisserait pas d'être un surcroît d'embarras. Au mois de
thermidor, lorsque je me repliais sur Brescia, je pensais à les faire
arrêter, et je ne l'osai pas.
Le général Serrurier m'écrit de Livourne que le grand-duc arme aussi.
Pour peu que ma santé me le permette, croyez que je n'épargnerai rien de
ce qui sera en mon pouvoir pour conserver l'Italie.
Je vous ferai tenir une lettre du citoyen Faypoult: il me paraît,
d'après cela, qu'on négocie l'affaire de Gênes à Paris, et que nous
avons bien fait de ne pas nous en mêler. Cette conduite inspire au
gouvernement génois de la méfiance. Je reviens à mon principe, en vous
engageant à traiter avant un mois avec Gênes et Turin.