BONAPARTE.

Au quartier-général à Milan, le 5e jour complémentaire an 4 (21

septembre 1796).

_Au ministre des affaires étrangères du roi de Sardaigne._

Je ne suis point diplomate, Monsieur, je suis militaire: vous

pardonnerez ma franchise. Sur différens points des états de sa majesté,

les Français sont assassinés, volés. Par le traité de paix, le roi qui

est tenu de nous accorder le passage sur ses états, doit nous le donner

sûr, et ce n'est même que pour cet effet que, contre la teneur du traité

de paix, j'ai pris sur moi de restituer à sa majesté non-seulement le

gouvernement civil, mais même le gouvernement militaire dans la partie

de ses états qui lui a été restituée par la république. À Viné, à Limon,

sous les yeux de la garnison de Demont, sous ceux des corps de troupes

que M. Franchar commande à Borgo-San-Dalmazzo, l'on se porte tous les

jours à des excès qui paraissent non-seulement tolérés, mais même

encouragés par le gouvernement.

Je vous demanderai donc une explication simple:

1°. Le roi ne doit-il pas être tenu d'indemniser et de réparer les

pertes faites en conséquence des délits qui se commettent sur son

territoire contre les Français, lorsque ces délits se commettent en

plein jour et par des corps soldés de deux ou trois cents personnes?

2°. Le roi a-t-il, avec vingt-cinq mille hommes qu'il a sous les armes,

assez de forces pour contenir dans ses états des brigands, et faire

respecter les lois de la justice, de l'humanité et des traités?

On ne juge les hommes, monsieur, que par leurs actions: la loyauté du

roi est généralement connue; cependant on se trouve bien forcé de penser

qu'il est des raisons de politique qui portent à encourager, ou du moins

à tolérer des atrocités aussi révoltantes.

J'ai écrit à sa majesté elle-même, je vous prie de lui présenter

ma lettre. Le gouvernement français ne fera rien ouvertement ni

secrètement, qui tendrait à détruire ou à affaiblir l'effet du

gouvernement du roi sur ses peuples; vous n'ignorez pas, cependant,

combien cela serait facile. Le jour où vous voudrez sincèrement détruire

les brigands qui infestent notre communication de Coni à Barcelonnette,

ils n'existeront plus.

Je vous prie de me croire, etc.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome I. · 第 530 / 899 题