Au quartier-général à Trente, le 20 fructidor an 4 (6 septembre 1796).
_Au directoire exécutif._
Nous n'avons pas d'autre chose à faire, citoyens directeurs, si nous
voulons profiter de notre position actuelle, que de marcher sur Trieste.
Nous serons à Botzen dès l'instant que l'armée du Rhin se sera avancée
sur Inspruck; mais ce plan, que nous adoptons, et qui était bon au
mois de juin, ne vaut plus rien à la fin de septembre. Les neiges vont
bientôt rétablir les barrières de la nature, le froid commence déjà à
être vif; l'ennemi, qui l'a senti, s'est jeté sur la Brenta pour couvrir
Trieste. Je marche aujourd'hui le long de la Brenta, pour attaquer
l'ennemi à Bassano, ou pour couper ses derrières s'il fait un mouvement
sur Verone. Vous sentez qu'il est impossible que je m'engage dans les
montagnes du Tyrol, lorsque toute l'armée ennemie est à Bassano et
menace mon flanc et mes derrières. Arrivé à Bassano, je bats l'ennemi:
comment voulez-vous qu'alors je le pousse par devant et que je cherche à
lui enlever Trieste? Le jour où j'aurais battu l'ennemi à Bassano, et où
l'armée du Rhin serait à Inspruck, les quatre mille hommes, débris de la
division qui gardait Trente, se retireraient, par Brixen et Lientz, sur
le Frioul: alors la communication sera vraiment établie avec l'armée du
Rhin, et j'aurai acculé l'ennemi au-delà de Trieste, point essentiel où
se nourrit l'armée ennemie. Ensuite, selon la nature des circonstances,
je me tiendrai à Trieste ou je retournerai sur l'Adige. Après avoir
détruit ce port, et selon la nature des événemens, je dicterai aux
Vénitiens les lois que vous m'avez envoyées par vos ultérieures
instructions. De là encore il sera facile, si les renforts du général
Châteauneuf-Randon arrivent, et si vous me faites fournir dix mille
hommes de l'armée des Alpes, d'envoyer une bonne armée jusqu'à Naples.
Enfin, citoyens directeurs, voulez-vous cet hiver ne pas avoir la guerre
au coeur de l'Italie? Portons-la dans le Frioul.
L'armée du Rhin, occupant Inspruck, garde mon flanc gauche; d'ici à
un mois, les neiges et les glaces le feront pour elle, et elle pourra
retourner sur le Danube. Vous sentez mieux que moi, sans doute, l'effet
que fera la prise de Trieste sur Constantinople, sur la Hongrie et sur
toute l'Italie. Au reste, citoyens directeurs, le 22 je serai à Bassano.
Si l'ennemi m'y attend, il y aura une bataille qui décidera du sort de
tout ce pays-ci; si l'ennemi se recule encore sur Trieste, je ferai ce
que les circonstances militaires me feront paraître le plus convenable;
mais j'attendrai vos ordres pour savoir si je dois, ou non, me
transporter sur Trieste.
Je crois qu'il serait nécessaire de former à Milan trois bataillons de
Milanais, qui serviraient à renforcer l'armée qui bloque Mantoue. Si
vous adoptez le projet de se porter sur Trieste, je vous prie de me
faire connaître de quelle manière vous entendez que je me conduise avec
cette ville, dans le cas où l'on jugerait à propos de l'évacuer quelque
temps après.