BONAPARTE.

Au quartier-général à Brescia, le 13 fructidor an 4 (30 août 1796).

_Aux habitans du Tyrol._

Vous sollicitez la protection de l'armée française, il faut vous en

rendre dignes: puisque la majorité d'entre vous est bien intentionnée,

contraignez ce petit nombre d'hommes opiniâtres à se soumettre, leur

conduite insensée tend à attirer sur leur patrie les fureurs de la

guerre.

La supériorité des armes françaises est aujourd'hui constatée: les

ministres de l'empereur, achetés par l'or des Anglais, le trahissent; ce

malheureux prince ne fait pas un pas qui ne soit une faute.

Vous voulez la paix, les Français combattent pour elle: nous ne passons

sur votre territoire que pour obliger la cour de Vienne de se rendre au

voeu de l'Europe désolée, et d'entendre les cris de ses peuples. Nous ne

venons pas ici pour nous agrandir, la nature a tracé nos limites au Rhin

et aux Alpes, dans le même temps qu'elle a posé au Tyrol les limites de

la maison d'Autriche.

Tyroliens, quelle qu'ait été votre conduite, rentrez dans vos foyers;

quittez des drapeaux tant de fois battus, et impuissans pour se

défendre. Ce n'est pas quelques ennemis de plus que peuvent redouter les

vainqueurs des Alpes et d'Italie, mais c'est quelques victimes de moins

que la générosité de ma nation m'ordonne de chercher à épargner.

Nous nous sommes montrés redoutables dans les combats, mais nous sommes

les amis de ceux qui nous reçoivent avec hospitalité.

La religion, les habitudes, les propriétés des communes qui se

soumettront seront respectées.

Les communes dont les compagnies de Tyroliens ne seraient pas rentrées à

notre arrivée seront incendiées, les habitans seront pris en otages et

envoyés en France.

Lorsqu'une commune sera soumise, les syndics seront tenus de donner à

l'heure même la note des habitans qui seraient à la solde de l'empereur,

et s'ils font partie des compagnies tyroliennes, on incendiera

sur-le-champ leurs maisons et on arrêtera leurs parens jusqu'au dernier

degré, lesquels seront envoyés en ôtage en France.

Tout Tyrolien faisant partie des compagnies franches, pris les armes à

la main, sera sur-le-champ fusillé.

Les généraux de division seront chargés de la stricte exécution du

présent arrêté.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome I. · 第 522 / 899 题