BONAPARTE.

Au quartier-général à Brescia, le 1er fructidor an 4 (18 août 1796).

_Au directoire exécutif._

Le 28, à deux heures du matin, quinze cents hommes de la garnison de

Mantoue sortaient par la porte de Cerese, dans le même moment que trois

mille hommes sortaient par la porte de Pradella: tous nos avant-postes

se retirèrent. L'ennemi était à une portée de fusil de nos batteries,

qu'il espérait déjà enlever; mais le brave cinquième bataillon de

grenadiers était là. Les généraux Fevrilla et Dallemagne placent leurs

troupes, saisissent le moment favorable, attaquent l'ennemi, le mettent

en désordre après deux heures de combat, et le conduisent jusqu'aux

palissades de la ville. La perte de l'ennemi est de cinq à six cents

hommes.

Le 29, je comptais faire embarquer cent grenadiers, et j'espérais

pouvoir m'emparer d'une des portes de la ville; mais les eaux ayant

diminué de plus de trois pieds, il n'a pas été possible de tenter ce

coup de main.

Le 30, à onze heures du soir, le général Serrurier ordonna au général

Murat et à l'adjudant-général Vignolles, avec deux cents hommes,

d'attaquer la droite du camp retranché des ennemis, dans le temps que le

général Dallemagne, à la tête d'une bonne colonne, attaquait la gauche.

Le chef de bataillon d'artillerie Andréossy, officier du plus grand

mérite, avec cinq chaloupes canonnières qu'il avait armées, alla donner

à l'ennemi une fausse alerte; et dans le temps qu'il attirait sur

lui tous les feux de la place, les généraux Dallemagne et Murat

remplissaient leur mission, et portaient dans les rangs ennemis le

désordre et l'épouvante. Le chef de brigade du génie traça pendant ce

temps à quatre-vingts toises l'ouverture de la tranchée sous le feu

et la mitraille de l'ennemi. Au même instant les batteries de

Saint-Georges, de Pradella et de la Favorite, les deux premières

composées de six pièces de gros calibre, et à boulets rouges, de six

gros mortiers; la dernière, de huit pièces, destinée à rompre la

communication de la citadelle avec la ville, commencèrent à jouer contre

la place. Dix minutes après, le feu se communiqua de tous côtés dans la

ville. La douane, le Collorado et plusieurs couvens ont été consumés. À

la pointe du jour, la tranchée n'était que faiblement tracée; l'ennemi

réunissait une partie de ses forces et cherchait à sortir sous le feu

terrible des remparts; mais nos intrépides soldats, cachés dans des

ravins, derrière des digues, postés dans toutes les sinuosités qui

pouvaient un peu les abriter de la mitraille, les attendaient de pied

ferme sans tirer. Cette morne constance seule déconcerta l'ennemi, qui

rentra dans ses murs.

La nuit suivante, on a perfectionné la tranchée, et dans la nuit de

demain, j'espère que nos batteries seront armées et prêtes à tirer.

Je ne vous parlerai pas de la conduite de l'intrépide général Serrurier,

dont la réputation militaire est établie, et à qui nous devons, entre

autres choses, le gain de la bataille de Mondovi. Le chef de brigade

Chasseloup, le chef de bataillon Samson, et le chef de bataillon Meuron

donnent tous les jours des preuves de talens, d'activité, de courage,

qui leur acquièrent des titres à la reconnaissance de l'armée et de la

patrie.

Toutes les troupes montrent une patience, une constance et un courage

qui donnent l'audace de concevoir les entreprises les plus hardies.

Le chef de bataillon Dussot, qui commande le brave cinquième bataillon

de grenadiers, est le même qui a passé, le premier, le pont de Lodi.

Je vous enverrai incessamment la sommation que j'ai faite au gouverneur,

et la réponse qu'il m'a faite.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome I. · 第 511 / 899 题