Au quartier-général à Milan, le 8 fructidor an 4 (25 août 1796).
_Du même au directoire exécutif._
1°. La division du général Sahuguet bloque Mantoue.
Le 7, à trois heures du matin, nous avons à la fois attaqué le pont de
Governolo et Borgo-Forte, pour faire rentrer la garnison dans ses murs.
Après une vive canonnade, le général Sahuguet, en personne, s'est emparé
du pont de Governolo, dans le temps que le général Dallemagne s'emparait
de Borgo-Forte. L'ennemi a perdu cinq cents hommes tués, blessés ou
prisonniers. La douzième demi-brigade et le citoyen Lahoz se sont
distingués.
2°. La division du général Augereau est à Verone.
3°. Celle du général Masséna est à Rivoli. Celle du général Sauret, dont
je viens de donner le commandement au général Vaubois, est à Storo, le
général Sauret étant malade.
Il a été indispensable de donner quelques jours de repos aux troupes, de
rallier les corps disséminés après un choc si violent, et de réorganiser
le service des administrations absolument en déroute: il y a de ces
messieurs qui ont fait leur retraite tout d'une traite sur le golfe de
la Spezzia.
Le commissaire des guerres Salva abandonne l'armée; l'esprit frappé, il
voit partout des ennemis; il passe le Pô et communique à tout ce qu'il
rencontre la frayeur qui l'égare, il croit les houlans à ses trousses:
c'est en vain qu'il court en poste deux jours et deux nuits, rien ne le
rassure; criant de tous côtés: _sauve qui peut_, il arrive à deux lieues
de Gênes: il meurt après vingt-quatre heures d'une fièvre violente, dans
les transports de laquelle il se croit blessé de cent coups de sabre, et
toujours par les terribles houlans. Rien n'égale cette lâcheté que la
bravoure des soldats. Beaucoup de commissaires des guerres n'ont pas été
plus braves. Tel est, citoyens directeurs, l'inconvénient de la loi qui
veut que les commissaires des guerres ne soient que des agens civils,
tandis qu'il leur faut plus de courage et d'habitudes militaires qu'aux
officiers mêmes: le courage qui leur est nécessaire doit être tout
moral; il n'est jamais le fruit que de l'habitude des dangers, J'ai donc
senti dans cette circonstance combien il est essentiel de n'admettre à
remplir les fonctions de commissaire des guerres, que des hommes qui
auraient servi dans la ligne plusieurs campagnes, et qui auraient donné
des preuves de courage. Tout homme qui estime la vie plus que la gloire
nationale et l'estime de ses camarades, ne doit pas faire partie de
l'armée française. L'on est révolté lorsqu'on entend journellement les
individus des différentes administrations avouer et se faire presque
gloire d'avoir eu peur.
Nous avons à l'armée quinze mille malades, il n'en meurt par jour que
quinze ou vingt; mais on dit que le mois de septembre est le moment où
les maladies sont plus dangereuses. Jusqu'à cette heure ce ne sont que
des fièvres légères. Je viens de visiter les hôpitaux de Milan: j'ai
été très-satisfait, ce qui est dû en partie au zèle et à l'activité du
citoyen Burisse, agent principal de cette partie.
Je n'ai encore reçu aucune troupe venant de l'Océan; l'on nous a annoncé
seulement trois mille hommes composant la sixième demi-brigade, qui
arrivent à Milan le 15.
On ne m'a annoncé aucune troupe de la division du général
Chateauneuf-Randon, seulement la dixième demi-brigade de ligne, forte de
six cents hommes, est arrivée à Nice.
Si les six mille hommes que vous m'avez annoncés du général
Chateauneuf-Randon et les treize mille hommes que l'on m'a annoncés
depuis longtemps de l'armée de l'Océan étaient arrivés, mon armée se
trouverait presque doublée, et j'aurais balayé devant moi l'armée
autrichienne. Si ces renforts arrivent dans le courant du mois, nous
continuerons à nous trouver dans une position respectable, et dans le
cas même de mettre fin à l'extravagance de Naples; mais je crains que
vos ordres sur le mouvement de ces troupes ne soient mal exécutés.
Nos demi-galères sont sorties de Peschiera, où elles ont pris dix
grosses barques et deux pièces de canon appartenants aux ennemis.
Tout est ici dans une position satisfaisante. Nous attendons la première
nouvelle du général Moreau pour nous avancer dans le Tyrol; cependant,
si cela tarde encore quelques jours, nous nous avancerons provisoirement
jusqu'à Trente. On m'assure que le général Wurmser est rappelé et
remplacé par le général Dewins.
Le roi de Sardaigne ayant licencié ses régimens provinciaux, les barbets
se sont accrus. Un chariot portant de l'argent a été pillé. Le général
Dugard allant à Nice a été tué. J'ai organisé une colonne mobile avec un
tribunal contre les barbets, pour en faire justice.
Je ne puis influer d'aucune manière sur les départemens du Var et du
Rhône; mon éloignement est tel, que je reçois les lettres beaucoup plus
tard que le ministre de la guerre.