Au quartier-général à Castiglione, le 2 thermidor an 4 (20 juillet
1796).
_Au directoire exécutif._
Messieurs du sénat de Venise voulaient nous faire comme ils firent à
Charles VIII. Ils calculaient que comme lui nous nous enfoncerions dans
le fond de l'Italie, et nous attendaient probablement au retour.
Je me suis sur-le-champ emparé de la citadelle de Vérone, que j'ai armée
avec leurs canons, et en même temps j'ai envoyé un courrier au citoyen
Lallement, notre ministre à Venise, pour lui dire d'enjoindre au sénat
de cesser ses armemens. Vous avez vu les notes que je vous ai envoyées
là-dessus par mon dernier courrier, déjà l'armement a discontinué.
La république de Venise nous a déjà fourni 3,000,000 pour la nourriture
de l'armée; ce n'est pas elle qui fournit, mais un entrepreneur qu'elle
paye secrètement. J'en étais ainsi convenu avec le provéditeur-général,
en convenant cependant qu'un jour la république française paierait.
Cet entrepreneur est venu plusieurs fois me trouver pour avoir de
l'argent: je l'ai renvoyé avec des promesses, et ordre positif de
continuer à fournir: il a été trouver les commissaires du gouvernement,
qui lui ont donné une lettre de change de 300,000 liv. à prendre sur les
contributions du pape. De toutes les mesures, c'était la plus mauvaise;
aussi aujourd'hui ne veut-on plus fournir. Par cette lettre de change
de 300,000 liv., payables dans un temps où l'on sait qu'il nous revient
21,000,000, on a ôté tout espoir d'être payé, et en même temps l'on a
laissé sentir que, par l'importunité et en laissant manquer le service,
l'on tirerait de nous de l'argent; de sorte qu'aujourd'hui je suis
obligé de me fâcher contre le provéditeur, d'exagérer les assassinats
qui se commettent contre nos troupes, de me plaindre amèrement de
l'armement qu'on n'a pas fait du temps que les Impériaux étaient les
plus forts, et, par là, je les obligerai à nous fournir, pour m'apaiser,
tout ce qu'on voudra. Voilà comme il faut traiter avec ces gens-ci; ils
continueront à me fournir, moitié gré, moitié force, jusqu'à la prise de
Mantoue, et alors je leur déclarerai ouvertement qu'il faut qu'ils
me payent la contribution portée dans votre instruction, ce qui sera
facilement exécuté. Je crois qu'il serait utile que vous témoignassiez à
M. Quirini votre étonnement de l'armement des Vénitiens, qui était,
sans aucun doute, dirigé contre nous. Il n'y a pas de gouvernement plus
traître et plus lâche que celui-ci.