Au quartier-général à Roveredo, le 18 messidor an 4 (6 juillet 1796).
_Le général en chef Bonaparte au directoire exécutif._
J'apprends à l'instant, citoyens directeurs, que la garnison de Mantoue
a fait une sortie; elle est rentrée plus vite qu'elle n'était sortie, en
laissant une cinquantaine de morts.
Je ferai ce soir une dernière reconnaissance pour fixer les dernières
opérations du siège; dans quatre ou cinq jours, la tranchée sera
ouverte.
Les divisions de l'armée qui sont sur les montagnes du Tyrol se portent
parfaitement bien. La division du général Serrurier, qui assiège
Mantoue, et qui est forte de sept mille hommes, commence à avoir
cinquante malades tous les jours. Il m'est impossible de tenir moins de
monde autour de Mantoue, où il y a au moins huit ou dix mille hommes
de garnison. Il y a un mois que je tiens cette place bloquée de cette
manière. L'ennemi, instruit probablement de la faiblesse des assiégeans,
a voulu souvent faire des sorties, et a été toujours battu.
Mais actuellement je suis obligé de renforcer cette division, puisque
l'ouverture de la tranchée va commencer. J'espère que nous aurons
bientôt la ville, sans quoi nous aurions bien des malades.
Wurmser commence à faire des mouvemens pour chercher à débloquer
Mantoue. J'attends avec quelque impatience les dix bataillons de l'armée
de l'Océan, que vous m'avez annoncés depuis long-temps, et dont je n'ai
pas encore eu de nouvelles.
Je ne m'occuperai des demandes à faire à Venise que lorsque l'affaire
de Gênes sera finie, Mantoue pris, et les affaires qui vont s'entamer
terminées.
On porte les renforts arrivés à l'ennemi à trente-un mille hommes, dont
dix mille Tyroliens; dix-huit mille, reste de l'armée de Beaulieu; huit
mille, garnison de Mantoue: en tout, soixante-sept mille hommes.
Voici la force de notre armée: Division de Masséna, treize mille hommes;
de Sauret, huit mille; d'Augereau, huit mille; Serrurier, sept mille;
Despinois, cinq mille; cavalerie, trois mille: en tout, quarante mille
hommes.
Vous voyez la grande supériorité qu'a sur nous l'ennemi.
Dans les quarante mille hommes dont il est question, les garnisons de
Livourne, de Milan, de Pavie, de Tortone, etc., ne sont pas comprises.
Je vous ai annoncé, dans ma dernière lettre, que j'avais demandé six
mille fusils à la république de Lucques: ils étaient déjà en chemin;
mais, n'étant pas de calibre, je les ai renvoyés.
J'ai fait séquestrer à Livourne tous les biens appartenans aux
Napolitains, vu que, par l'armistice, la suspension d'armes n'est censée
devoir commencer qu'au moment où la cavalerie napolitaine sera rendue
dans les positions qui lui sont indiquées. Je crois cependant que vous
pourrez ordonner la restitution des biens appartenans aux Napolitains,
par un article du traité de paix. J'ai ordonné que tous les inventaires
des effets appartenans aux Napolitains fussent faits devant leur consul.