Au quartier-général de Roveredo, le 18 messidor an 4 (6 juillet 1796).
_Au citoyen Carnot, membre du directoire exécutif._
Le général Berthier est furieux de la victoire imaginaire que les
gazetiers allemands font remporter à Beaulieu sur nous. Quant à moi, je
trouve que ces messieurs ont raison de chercher à se consoler par le
seul moyen qui leur reste: les rêves ont toujours été la consolation des
malheureux!
Toutes nos affaires diplomatiques en Italie, hormis Gênes et Venise,
sont terminées.
Venise, le moment n'est pas favorable; il faut auparavant prendre
Mantoue et bien battre Wurmser.
Quant à Gênes, le juste moment est arrivé. J'écris là-dessus longuement
au directoire: je suis de l'avis du citoyen Faypoult, qui est de chasser
du gouvernement une vingtaine de familles qui nous ont trahis dans tous
les temps, et de faire rappeler au contraire celles exilées qui ont
montré de l'amitié pour nous. Dès l'instant que je connaîtrai vos
intentions là-dessus, je me mettrai en devoir de les exécuter: en
attendant, je vais commencer les négociations pour les dix millions.
Tout va assez bien; l'ennemi se renforce; nous ne le chercherons pas,
à moins qu'il ne s'approche trop de l'Adige, et nous allons concentrer
tous nos moyens pour enlever Mantoue.