Au quartier-général à Bologne, le 3 messidor an 4 (21 juin 1796).
_Au directoire exécutif._
La division du général Augereau, citoyens directeurs, a passé le Pô à
Borgoforte, le 28 prairial; il est arrivé à Bologne le 1er messidor; il
y a trouvé quatre cents soldats qui y ont été faits prisonniers.
Je suis parti de Tortone le 29 prairial; je suis arrivé le 1er messidor
à Modène, d'où j'ai envoyé l'ordre, par l'adjudant-général Vegnat, à la
garnison du château d'Urbin d'ouvrir ses portes, de poser les armes, et
de se rendre prisonnière de guerre. J'ai continué ma route pour Bologne;
je suis arrivé à minuit. Nous avons trouvé, dans le fort Urbin,
cinquante pièces de canon bien approvisionnées, cinq cents fusils de
calibre, de très-beau modèle, et des munitions de bouche pour nourrir
six mille hommes pendant deux mois. Le fort Urbin est dans un bon état
de défense; il a une enceinte bastionnée, revêtue et entourée de fossés
pleins d'eau, avec un chemin couvert nouvellement réparé. Il était
commandé par un chevalier de Malte, et trois cents hommes que nous avons
faits prisonniers.
Nous avons fait prisonniers, à Bologne, le cardinal légat, avec tous les
officiers de l'état-major, et pris quatre drapeaux. Nous avons également
fait prisonnier le cardinal légat de Ferrare avec le commandant de ce
fort, qui est un chevalier de Malte. Il y a dans le château de Ferrare
cent quatorze pièces de canon.
L'artillerie que nous avons trouvée à Modène, au fort Urbin et au
château de Ferrare, forme un équipage de siège qui nous mettra à même
d'assiéger Mantoue.
Les vingt tableaux que doit nous fournir Parme sont partis. Le célèbre
tableau de saint Jérôme est tellement estimé dans ce pays, qu'on offrait
1,000,000 pour le racheter.
Les tableaux de Modène sont également partis: le citoyen Barthelemy
s'occupe, dans ce moment-ci, à choisir les tableaux de Bologne; il
compte en prendre une cinquantaine, parmi lesquels se trouve la sainte
Cécile, qu'on dit être le chef-d'oeuvre de Michel-Ange.
Monge, Berthollet, Thouin, naturaliste, sont à Pavie, où ils s'occupent
à enrichir notre Jardin des Plantes et notre Cabinet d'histoire
naturelle. J'imagine qu'ils n'oublieront pas une collection complète de
serpens, qui m'a paru bien mériter la peine de faire le voyage. Je pense
qu'ils seront après-demain à Bologne, où ils auront aussi une abondante
récolte à faire.
J'ai vu, à Milan, le célèbre Oriani: la première fois qu'il vînt me
voir, il se trouva interdit, et ne pouvait pas répondre aux questions
que je lui faisais. Il revint enfin de son étonnement: «Pardonnez,
me dit-il, mais c'est la première fois que j'entre dans ces superbes
appartemens; mes yeux ne sont pas accoutumés....» Il ne se doutait
pas qu'il faisait, par ce peu de paroles, une critique bien amère du
gouvernement de l'archiduc. Je me suis empressé de lui faire payer ses
appointemens et de lui donner tous les encouragemens nécessaires.
Au premier courrier, je vous enverrai une copie des lettres que je lui
ai écrites, dès l'instant que j'ai reçu la recommandation que vous
m'avez envoyée pour lui.