Au quartier-général à Milan, le 19 prairial an 4 (7 juin 1796).
_Au directoire exécutif._
Par l'armistice conclu entre les deux armées française et napolitaine,
nous obtenons les résultats suivans: 1°. Nous ôtons deux mille quatre
cents hommes de cavalerie à l'armée autrichienne, et nous les plaçons
dans un lieu où ils sont à notre disposition. 2°. Nous ôtons aux Anglais
cinq vaisseaux de guerre et plusieurs frégates. 3°. Nous continuons à
mettre les coalitions en déroute.
Si vous faites la paix avec Naples, la suspension aura été utile, en ce
qu'elle aura affaibli de suite l'armée allemande. Si, au contraire, vous
ne faites pas la paix avec Naples, la suspension aura encore été utile,
en ce qu'elle me mettra à même de prendre prisonniers les deux mille
quatre cents hommes de cavalerie napolitaine, et que le roi de Naples
aura fait une démarche qui n'aura pas plu à la coalition. Cela me porte
à traiter la question militaire: pouvons-nous et devons-nous aller à
Naples?
Le siège du château de Milan, la garde du Milanais et la garnison des
places conquises, demandent quinze mille hommes.
La garde de l'Adige et des positions du Tyrol, vingt mille hommes.
Il ne reste, compris les secours qui arrivent de l'armée des Alpes, que
six mille hommes.
Mais, eussions-nous vingt mille hommes, il ne nous conviendrait pas de
faire vingt-cinq jours de marche, dans les mois de juillet et d'août,
pour chercher la maladie et la mort. Pendant ce temps-là, Beaulieu
repose son armée dans le Tyrol, la recrute, la renforce de secours qui
lui arrivent tous les jours, et nous reprendra dans l'automne ce que
nous lui avons pris dans le printemps. Moyennant cet armistice avec
Naples, nous sommes à même de dicter à Rome toutes les conditions qu'il
nous plaira; déjà, dans ce moment-ci, la cour de Rome est occupée à
faire une bulle contre ceux qui prêchent en France la guerre civile,
sous prétexte de religion.
Par la conversation que j'ai eue ce matin avec M. Azara, ministre
d'Espagne, envoyé par le pape, il m'a paru qu'il avait ordre de nous
offrir des contributions. Je serai bientôt à Bologne. Voulez-vous que
j'accepte alors, pour accorder un armistice au pape, vingt-cinq millions
de contributions en argent, cinq millions en denrées, trois cents
cadres, des statues et des manuscrits en proportion, et que je
fasse mettre en liberté tous les patriotes arrêtés pour faits de la
révolution? J'aurai au reste le temps de recevoir vos ordres là-dessus,
puisque je ne crois pas être à Bologne avant dix ou quinze jours. Alors,
si les six mille hommes que commande le général Châteauneuf-Randon
arrivent, il n'y aura pas d'inconvénient de se porter de Bologne jusqu'à
Rome. Au reste, je vous prie de rester persuadé que lorsqu'une fois vous
m'avez fait connaître positivement vos intentions, il faudrait qu'elles
fussent bien difficiles, pour que je ne puisse pas les exécuter.